‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 90 sur 373 · ACTE V^ SCÈNE II. J · texte numérisé non relu

ACTE V^ SCÈNE II. J

Un seul point entre nous met celte différence, Que mon honneur par là cherche son assurance, Et qu'à ce même hut nous voulons arriver. Lui pour ilélrir ma gloire, et moi pour la sauver.

Sire, c'est rarement qu'il s'offre une matière A montrer d'un crand cœur la vertu tout entière. Suivant l'occasion elle agit plus ou moins, Et parait forte ou faible aux yeux de ses témoins. Le peuple, qui voit tout seulement par l'écorce. S'attache à son eH'ct pour Jugor de sa force ; Il veut que ses dehors gardent un mt^^me cours. Qu'ayant fait un miracle elle en fasse toujours : Ayirès une action ploine, haute, éclatante. Tout ce i{ui brille moins remplit mal son attente: Il veut qu'on soit égal en tout temps, en tous lieux ; Il n'examine point si lors on pouvait mieux, Ni que, s'il ne voit pas sans cesse une merveille, L'occasion est moindre, et la vertu pareille : Son injustice accable et détruit les grands noms; L'honneurdespremiersfaitsse perd |)ar les seconds ; Et ([uand la renommée a passé l'ordinaire. Si l'on en veut déchoir, il ne faut plus rien faire.

Je ne vanterai point les exploits de mon bras ; Votre majesté, sire, a vu mes trois combats : Il est bieu malaisé qu'un pareil les seconde. Qu'une autre occasion à celle-ci réponde. Et que tout mon courage, après de si grands coups. Parvienne à des succès qui n'aillent au-dessous ; Si bien que, pour laisser une illustre mémoire, La mortseule aujourd'hui peutconserverma gloire: Encor la fallait-il sitôt que j'eus vaincu, Puisque pour mon honneur j'ai déjà trop vécu. Un homme tel que moi voit sa gloire ternie, Quand il tombe en péril de quelcpie ignominie ; Et ma main aurait su déjà m'en garantir : Mais sans votre congé mon sang n'ose sortir ; Comme il vous appartient, votre aveu doit se pren- C'est vous ledéroberqu'autrementlerépandre.[dre; Rome ne manque point de généreux guerriers ; Assez d'autres sans moi soutiendront vos lauriers ; Que votre majesté désormais m'en dispense : Et si ce que j'ai fait vaut quelque récompense, Permettez, ô grand roi, que de ce bras vainqueur Je m'immole à ma gloire, et non pas à ma sœur.

i06 HORACE, TRAGÉDIE,

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