‹ Théâtre choisiChapitre 126 sur 263 · SCÈNE II. — ALCESTE, ÉLIANTE, PHILINTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — ALCESTE, ÉLIANTE, PHILINTE

ALCESTE, Vas.

Ah! faites-moi raison, madame, d’une offense Qui vient de triompher de toute ma constance. ÉLIANTE Qu'est-ce donc ? Qu’avez-vous qui vous puisse émouvoir ? ALCESTE J’ai ce que, sans mourir, je ne puis concevoir; Et le déchaînement de toute la nature Ne m'’accablerait pas comme cette aventure.

C’en est fait... Mon amour... Je ne saurais parler. ÉLIANTE Que votre esprit un peu tâche à se rappeler.

ALCESTE O juste ciel! faut-il qu’ on joigne à tant de grâces Les vices odieux des âmes les plus basses!

ÉLIANTE Mais encor qui vous peut.

ALCESTE Ah! tout est ruiné; Je suis, je suis trahi, je suis assassiné.

Célimène. (eût-on pu croire cette nouvelle ?) Célimène me trompe, et n’est qu’une infidèle. ÉLIANTE Avez-vous, pour le croire, un juste fondement ?

PHILINTE Peut-être est-ce un soupçon conçu légèrement ; Et votre esprit jaloux prend parfois des chimères. ALCESTE Ah! morbleu! mêlez-vous, monsieur, de vos affaires. (A Éliante.) C’est de sa trahison n’être que trop certain,

Que lavoir, dans ma poche, écrite de sa main. Oui, madame, une lettre écrite pour Oronte

A produit à mes yeux ma disgrâce et sa honte, Oronte, dont j’ai cru qu’elle fuyait les soins,

Et que de mes rivaux je redoutais le moins.

PHILINTE Une lettre peut bien tromper par l’apparence, Et n’est pas quelquefois si coupable qu’on pense.

ALCESTE Monsieur, encore un coup, laissez-moi, s’il vous plaît, Et ne prenez souci que de votre intérêt.

ÉLIANTE Vous devez modérer vos transports; et l’outrage..

ALCESTE Madame, c’est à vous qu’appartient cet ouvrage. C’est à vous que mon cœur a recours aujourd’hui, Pour pouvoir s’affranchir de son cuisant ennui. Vengez-moi d’une ingrate et perfide parente Qui trahit lâchement une ardeur si constante; Vengez-moi de ce trait qui doit vous faire horreur.

ÉLIANTE Moi, vous venger! comment ?

ALCESTE En recevant mon cœur.

Acceptez-le, madame, au lieu de l’infidèle; C’est par là que je puis prendre vengeance d’elle; Et je la veux punir par les sincères vœux, Par le profond amour, les soins respectueux, Les devoirs empressés et l’assidu service, Dont ce cœur va vous faire un ardent sacrifice.

ÉLIANTE Je compatis, sans doute, à ce que vous souffrez, Et ne méprise point le cœur que vous m’offrez; Mais peut-être le mal n’est pas si grand qu’on pense, Et vous ae quitter ce désir de vengeance.

Lorsque l’injure part d’un objet plein d’appas, On fait force desseins qu’on n’exécute pas :

On a beau voir, pour rompre, une raison puissante,

Une coupable aimée est bientôt innocente; Tout le mal qu’on lui veut se dissipe aisément, Et l’on sait ce que c’est qu’un courroux d’un amant.

ALCESTE Non, non, madame, non. L’offense est trop mortelle : Il n’est point de retour, et je romps avec elle; Rien ne saurait changer le dessein que j’en fais, Et je me punirais de l’estimer jamais.

La voici. Mon courroux redouble à cette approche, Je vais de sa noirceur lui faire un vif ho ie Pleinement la confondre, et vous porter après Un cœur tout dégagé de ses trompeurs attraits.

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