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À NU

CLÉANTE . Non, mon père, je ne suis ne capable d’en changer, et Je prie instamment madame de le croire.

HARPAGON

: Mais voyez quelle extravagance! il continue encore plus oft.

CLÉANTE Voulez-vous que je trahisse mon cœur ?

HARPAGON Encore! avez-vous envie de changer de discours ?

CLÉANTE

Eh bien! puisque vous voulez que je parle d’autre façon, souffrez, madame, que je me mette ici à la place de mon père, et que je vous avoue que je n’ai rien vu dans le monde de si charmant que vous; que je ne conçois rien d’égal au bonheur de vous plaire, et que le titre de votre époux est une gloire, une félicité que je préférerais aux destinées des plus grands princes de la terre. Oui, madame, le bonheur de vous posséder est, à mes regards, la plus belle de toutes les fortunes ; c’est où j’attache toute mon ambition. Il n’y a rien que je ne sois capable de faire pour une conquête si précieuse; et les obstacles les plus puissants.

HARPAGON Doucement, mon fils, s’il vous plaît.

CLÉANTE C’est un compliment que je fais pour vous à madame.

HARPAGON Mon Dieu! j’ai une langue pour m’expliquer moi-même, et je n’ai pas besoin d’un procureur comme vous. Allons, donnez des sièges. | FROSINE | Non; il vaut mieux que, de ce pas, nous allions à la foire, afin d’en revenir plus tôt, et d’avoir tout le temps ensuite de vous entretenir. -

HARPAGON Qu’on mette les chevaux au carrosse. Je vous prie de m’excuser, ma belle, si je n’ai pas songé à vous donner un peu de collation avant que de partir.

CLÉANTE J'y ai pourvu, mon père, et j’ai fait apporter ici dora bassins À ps à de la Chine, de citrons doux, et de confitures, que j’ai envoyé quérir de votre part.

HARPAGON, bas, à Valère.

Valère!

VALÈRE, à Harpagon.

Il a perdu le sens.

Est-ce que vous trouvez, mon père, que ce ne soit pas assez ? Madame aura la bonté d’excuser cela, s’il lui plaît. MARIANE C’est une chose qui n’était pas nécessaire.

CLÉANTE Avez-vous jamais vu, madame, un diamant plus vif que celui que vous voyez que mon père a au doigt ?

MARIANE Il est vrai qu’il brille beaucoup.

CLÉANTE. 17 l’ôte du doigt de son père et le donne à Mariane. Il faut que vous le voyiez de près.

MARIANE Il est fort beau, sans doute, et jette quantité de feux.

CLÉANTE. Î/ se met au-devant de Mariane, qui le veut rendre. Nenni, madame, il est en de trop belles mains. C’est un présent que mon père vous à fait.

HARPAGON Moi ?

CLÉANTE M'est-il pas vrai, mon père, que vous voulez que madame le garde pour l’amour de vous ?

HARPAGON, bas, à son fils.

Comment ? j CLÉANTE Belle demande! (4 Mariane.) I] me fait signe de vous le faire accepter.

MARIANE Je ne veux point.

CLÉANTE Vous moquez-vous ? Il n’a garde de le reprendre.

HARPAGON, 4 part.

J’enrage!

MARIANE Gesscrait.

CLÉANTE, 6% empêchant toujours Mariane de rendre la bague. Non, vous dis-je, c’est l’offenser.

MARIANE De grâce. |

CLÉANTE ‘Point du tout. ‘

HARPAGON, 4 part.

Pestersoit.…

CLÉANTE Le voilà qui se scandalise de votre refus.

-HARPAGON, bas, à son fils.

Ah! traître!

CLÉANTE Vous voyez qu’il se désespère.

HARPAGON, bas, à son fils, en le menaçant.

Bourreau que tu es!

CLÉANTE Mon père, ce n’est pas ma faute. Je fais ce que je puis pour lobliger à la garder; mais elle est obstinée. HARPAGON, bas, à son fils, avec emportement.

Pendard !

CLÉANTE Vous êtes cause, madame, que mon père me querelle.

HARPAGON, bas, à son fils, avec les mêmes grimaces. Le coquin!

CLÉANTE, 4 Mariane.

Vous le ferez tomber malade. De grâce, madame, ne résistez point davantage.

FROSINE, 4 Mariane. Mon Dieul que de façons. Gardez la bague, puisque monsieur le veut.

MARIANE, 4 Harpagon.

Pour ne vous point mettre en colère, je la garde maintenant, et je prendrai un autre temps pour vous la rendre.

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