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COMÉDIE-BALLET

Le Bourgeois gentilhomme fut joué pour la première fois à Chambord, le 14 octobre 1670, devant le roi et la cour. La pièce était agrémentée à dessein d’« une cérémonie turque burlesque », les turqueries étant plus que jamais à la mode epuis la magnifique réception faite à Saint-Germain, l’hiver précédent (novembre 1669), à l’ambassadeur extraordinaire du Sultan, que ces splendeurs n’avaient pas ébloui. Déjà, en 1660, Lulli, qui collaborait au Bourgeois pour la partie musicale, avait offert à la cour un Réf furquesque, de son cru, qui avait fort diverti le roi. Molière et lui, avec l’idée d’une turquerie en tête, recoururent aux bons offices du chevalier d’Arvieux, qui revenait d'Orient, et qui leur fournit, pour « les habillements et les manières », une documentation authentique, s’occupant de faire faire chez le maître tailleur Baraillon 4 les habits et les turbans à la turque ».

C’est dans ces conditions, et avec l’agrément du roi, à qui le sujet de la comédie avait été soumis, qu’elle fut représentée. Elle n’était point seulement actuelle pets turquerie, elle l'était aussi pat les prétentions nobiliaires de son principal héros, M. Jourdain, dont le désir était alors partagé par tant de bourgeois et « financiers » parvenus, qui achetaient des charges conférant la noblesse ou des domaines de seigneurs ruinés dont ils prenaient indûment le nom.

La pièce avait donc de quoi entraîner tous les suffrages. À .a première représentation cependant, on fut déçu, semble-t-il, de ne voir sur la scène, au lieu de princes et princesses somptueusement habillés comme dans /es Amants magnifiques, que de simples bourgeois, et on ne voulut voir dans cette comédie-ballet

u’une grosse farce. Mais, à la seconde, le roi 4s’étant prononcé », l'opinion de la cour fut entraînée, la pièce fut donnée encore sept fois à Saint-Germain en octobre et en novembre.

Le 23 novembre 1670, elle fut représentée à la ville, avec tous ses 4 ornements », sur le théâtre du Palais-Royal, et jouée 24 fois cette année et l’année suivante. Devant le roi, Lulli, dans la cérémonie turque, faisait le Mufti (sous le nom de Seigneur Chiacheron) et Molière jouait Monsieur Jourdain. La Thorillière créa le personnage de Dorante, Mille de Brie, celui de Dorimène, Mie Molière celui de Lucile. De Brie et du Croisy incarnaient les maîtres d’armes et de philosophie. Hubert, second comique de la troupe, qui avait la spécialité de jouer les vieilles ridicules (dont le rôle était alors dévolu à un homme) et qui avait créé Madame Pernelle dans Tarfuffe, composa le per-

( DL Bang à écrite «pour le divertissement du Roi ».

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sonnage de Madame Jourdain. M1ie Beauval, qui venait d’entter, avec son mari, dans la troupe de Molière, avait créé devant le roi le personnage de Nicole, que Molière avait faite aussi tieuse qu’elle l'était elle-même.

Il convient de noter que, tout d’abord, la partie intermède et cérémonie avait été la plus appréciée. Dans la suite, elle fut souvent simplifiée et réduite, pour diminuer les frais et la peine, et ce n’est que de loin en loin qu’on donna la pièce au complet. Elle n’a eu, de 1680 à 1936, que 616 représentations au Théâtre Français.

ÉDITION ORIGINALE : 1671 (avec privilège du 31 décembre 1670 et achevé d’imprimet du 18 fnats), chez Pierre Le Monnier. Cette édition ne comprend pas le texte intégral de Z: Cérémonie turque qui se lit pour la première fois au complet dans le recueil collectif de 1682.

Elle avait été précédée, l’année précédente, d’un livre des intermèdes de la pièce, comprenant tous les vers chantés, destiné à être remis aux spectateurs de la cout.

Molière céda le privilège de l’originale à Claude Batbin, qui donna en 1673 la seconde édition du Bourgeois. Dans l’intervalle une téimpression de l’originale avait été donnée à Amsterdam, par Daniel Elzevier, en 1671.

TÉMOIGNAGES CONTEMPORAINS : Robinet, Lefrres des 18 et 22 octobre 1670. — Chevalier d’Arvieux, Mémoires,t.IV, pp. 252-253, 1735 (cités par Paul Lacroix dans son Lronographie Moliéresque, p. 245, et pat Henty Lyonnet, dans ses Premières de Molière, p. 225). — Grimarest, Vie de Molière, 1705.

À CONSULTER : Auger, Nofice du Bourgeois gentilhomme dans son éd. de Molière, Le. —F. Hémon, Le Bourgeois genfilbomme dans son Cours de littérature, t. NI : Molière, fasc. 7, 1893. — Lanson, Molière et la farce, dans la Revue de Paris, 1901. — P. Deslandes, Un musulman au Bourgeois gentilbomme en 1704, dans la Correspondance Historique et Archéologique, 1902. — Pellisson, Les Comédies-ballets de Molière, 1914. — L.-A. Constans, Le Bourgeois gentilhomme et le festin de Trimalcion, dans les Mélanges de l'École de Rome, t. XX XV, 1915.

Le Bourgeois gentilhomme est un des plus heureux sujets de comédie que le ridicule des hommes ait pu jamais fournir. Voltaire, Sommaires des pièces de Molière.

Il n’y a pas un (comique) plus vrai ni plus gai que le personnage de Monsieur Jourdain. Tout ce qui est autour de lui le fait ressortir,

tout sert à mettre en jeu sa sottise.

La Harpe, Lycée.

Le Bourgeois gentilhomme est une comédie enterrée vivante dans un sarcophage turc, et les turbans à chandelles nous font aujourd’hui l'effet des luminaires d’un service funèbre.

Saint-Victor, Les deux Masques, t. TI, p. 486,

L’Évole des femmes était l'image de la santé de Molière ; / Mésantbrope, l’ardeur de son âme; + Bourgeois gentilhomme, la grâce de son cœur. R. Benjamin, Molière.

PERSONNAGES

MONSIEUR JOURDAIN, bourgeois.

MADAME JOURDAIN, sa femme.

LUCILE, fille de monsieur Jourdain.

NICOLE, servante.

CLÉONTE, amoureux de Lucile.

COVIELLE, valet de Cléonte.

DORIMÈNE, marquise.

DORANTE, comte, amant de Dorimène.

MAITRE DE MUSIQUE

ÉLÈVE du Maître de musique.

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