SCÈNE IV. — DORANTE, COVIELLE
COVIELLE Ahlahlahl! ma foi, cela est tout à fait drôle. Quelle dupe! quand il aurait appris son rôle par cœur, il ne pourrait pas le mieux jouer. Ah! ahl Je vous prie, monsieur, de nous vouloir aider céans dans une affaire qui s’y passe.
DORANTE Ah! ah! Covielle, qui t’aurait reconnu ? Comme te voilà ajusté |
COVIELLE
Vous voyez. Ah! ah!
De quoi ris-tu ?
COVIELLE
D'une chose, monsieur, qui le mérite bien.
DORANTE
Comment ?
COVIELLE
Je vous le donnerais en bien des fois, monsieur, à deviner le stratagème, dont nous nous servons auprès de monsieur Jourdain pour porter son esprit à donner sa fille à mon maître.
DORANTE
Je ne devine point le stratagème, mais je devine qu’il
ne manquera pas de faire son effet, puisque tu l’entreprends.
COVIELLE Je sais, monsieur, que la bête vous est connue.
DORANTE Apprends-moi ce que c’est.
COVIELLE Prenez la peine de vous tirer un‘peu plus loin, pour faire place à ce que j’aperçois venir. Vous pourrez voir une partie de l’histoire, tandis que je vous conterai le reste.
La cérémonie turque, pour ennoblir le bourgeois, se fait en danse et en musique, ef compose le quatrième intermède.
Six Turcs entrent gravement deux à deux, au son de tous les instruments. Ts portent trois tapis fort longs, dont ils font plusieurs figures, et, à la fin de cette première cérémonie, ils les lèvent fort haut. Les Turcs musiciens et autres joueurs d'instruments passent par-dessous ces tapis pour s’aller ranger aux deux côtés du théâtre. Le muphti, accompagné des dervis, ferme cette marche.
Alors les Turcs étendent les tapis par terre, ef se mettent dessus à genoux. Le mupbii est debout au milieu, fait une invocation avec beaucoup de contorsions et de grimaces, levant le menton et remuant les mains contre sa tête, comme si c'était des ailes. Les Tures se prosternent jusqu’à terre, chantant Ali, puis se relèvent chantant Alla, ef continuant jusqu’à la fin de l’invocation; puis ils se lèvent tous,chantant Alla eckber. Alors les dervis amènent devant le muphti le Bourgeois, vêtu à la türque, rasé, sans turban, sans sabre, auquel il chante ces paroles :