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COMÉDIE-BALLET

E MALADE IMAGINAIRE est la cingqième pièce de Molière où l’auteur s’en prend aux médecins. En 1659, dans /e Médecin volant, il avait déjà mis dans la bouche de Sganarelle, qui revêt la robe doctorale pour favoriser le mariage de son jeune maître Valère, des plaisanteries classiques contre les médecins, comme : 4 Je vous réponds que je ferai aussi bien mourir une personne qu'aucun médecin qui soit dans la ville », ou encore : « Il ne faut pas que Lucile s’amuse à se laisser mourir sans l’ordonnance du médecin ». Dans /” Amour médecin (1665), dans Ze Médecin malgré lui (1666), il avait multiplié les brocards et les flèches sur l’ignorance, la routine, la vanité, le pédantisme et le cynisme des docteurs. Dans Monsieur de Pourceaugnac (1669) il les avait ridiculisés en en faisant une caricature fort burlesque. Encouragé par le succès qui avait accueilli ces diverses pièces, il accumule dans / Malade imaginaire les traits les plus violents et les plus comiques, non seulement contre les médecins, mais contre la médecine, tenue par lui comme « une des plus grandes folies qui soient parmi les hommes », et la « plus plaisante momerie » du monde.

La santé de plus en plus délabrée de l’auteur-acteur, que minait un mal de poitrine, son ressentiment contre le grossier pamphlet de 1670 intitulé É/owire hypocondre ou les Médecins vengés, où sa détresse physique et morale était dépeinte, le découragement où il était de se voir abandonné par la faveur royale qui allait maintenant à Lulli, tout contribua sans doute à exaspérer dans cette pièce, qui devait être la dernière, l’âpreté de ses sarcasmes.

Frappé à mort, et pressentant peut-être sa fin prochaine, il avait rassemblé toutes ses forces pour écrire cette comédie qu’il avait d’abord conçue «pour délasser le monarque» après la glotieuse guerre de Hollande, et que sa brouille avec Lulli, que protégeait le roi, contraignit à jouer à la ville. Molière en avait demandé la musique à Charpentier, les ballets aux Beauchamp.

La première représentation fut donnée sur le théâtre du Palais-Royal, le 10 février 1673. Elle eut un gros succès. La recette atteignit 1.992 livres. Les trois représentations suivantes, celles des 12, 16, 17 février, produisirent respectivement 1.45 9, 1.879 et 1.219 livres.

C'est à la quatrième représentation donnée un vendredi, que Molière se sentit fort incommodé en prononçant le mot Jwro, pendant la cérémonie burlesque de l’intronisation. Il joua cependant son rôle jusqu’au bout, mais, rentré chez lui, il s’alita,

cracha bientôt un flot de sang et expira au bout d’une demi-heure. La Grange, qui consigne sur son Registre le deuil qui atteignait la troupe et toute la scène française, y dessina dans la marge, ce vendredi 17 février 1673, un losange noir.

On sait par ailleurs * les circonstances pénibles de cette fin : vaines démarches pour amener un prêtre au chevet du mourant, requête de la veuve à l’archevêque de Paris, enterrement nocturne et futtif du grand auteut-acteur. Sa mort entraîna le démembrement de la troupe qu’il avait formée, La Thorillière, les Beauval et Baron passant à l'Hôtel de Bourgogne, et bientôt la fusion de ce qui restait de cette troupe avec celle de l'Hôtel de Bourgogne, sous le nom nouveau de troupe Guénégaud (9 juillet 1673).

Dès le 3 mars on avait repris les représentations, si funestement interrompues, du Malade. La Thorillière jusqu’à Pâques, puis après Pâques Rosimond interprétèrent le rôle d’Argan, créé par Molière. À la première, La Thorillière jouait Fleurant, de Brie et Beauval Diafoirus et Thomas Diafoitus, Mile Molière Angélique, et M1le Beauval Toinette.

De 1680 à 1936, cette comédie eut au Théître-Français 1.340 représentations ; Coquelin cadet a été parmi d’autres, à la fin du xrx® siècle et au début du nôtre, un remarquable Argan.

ÉDITION ORIGINALE : le premier texte authentique du Malade imaginaire ne fut publié qu’en 1682, dans le recueil collectif des Œywvres de Molière, au tome VIII dudit recueil.

Un mauvais texte, publié «de mémoire», en avait été donné en 1674, à Amsterdam, chez Daniel Elzevier; deux autres versions aussi fautives avaient paru la même année, l’une à Cologne, chez Jean Sambix; l’autre à Paris, chez Étienne Loyson; le texte de ces deux dernières éditions, avec cotrection de quelques fautes et addition de quelques jeux de scène, avait patu en 1675, dans le tome VII du recueil collectif de 1674-1675, chez Thierry et Batbin.

Dès 1673, l’imprimeur musical. Christophe Ballard avait publié le livtet de la pièce, dont il y eut la même année plusieurs réimpressions.

TÉMOIGNAGES CONTEMPORAINS : Robinet, Leffres en vers des 18 et 25 février 1673. — La Grange, Registre, p. 142. — La Bruyère, Les Caractères, chap. des Ouvrages de l'esprit, LIT, 1690. — Perrault, Les Hommes illustres, t. X, 1696.

À CONSULTER : 4) sur la Médecine et les Médecins au temps de Molière : Sfatuta Facultatis medicine Parisiensis, pp. 34 sq, 1660. — Maurice Raynaud, Les Médecins au temps de Molière, chap. I, pp. 57 sq. 1862. — Dr. Nivelet, Molière et Guy Patin, 1880. — Dr. Fauvelle, Les

* Notamment pat Grimarest, qui recueillit dans sa Wie de Molière (1705) les confidences des familiers de l’auteur.

étudiants en médecine à Paris sous le grand Roi, 1899. — Dr Cabanës, Les Sources de l'inspiration médicale de Molière, dans la 6° série des Indiscrétions de l'Histoire, 1909.

b) Sur la pièce proprement dite : Lanson, Mofière et la farce, dans la Revue de Paris, 1901. — R. Benjamin, Molière, le dernier chapitre, 1936.

Ah! que j'en veux aux médecins! quelle forfanterie que leur art! On me contait hier cette comédie du Malade imaginaire, que je n’ai point vue : il était donc dans l’obéissance exacte à ces messieurs” il comptait tout : C'était seize gouttes d’un élixir dans treize cuillerées d’eau. S'il y en eût eu quatorze, tout était perdu. Il prend une pilule. On lui a dit de se promener dans sa chambre. Mais il est en peine et demeure tout court, parc qu’il a oublié si c’est en long ou en large : cela me fit fort rire et l’on applique cette folie à tout moment.

Mne de Sévigné, Lettre du 16 septembre 1676.

Il (Molière) n’a pu trop maltraiter les charlatans et les ignorants médecins ; mais il devait en demeurer là, et ne pas tourner en ridicule les bons médecins, que l’Érrifure même nous enjoint d’honorer.

Perrault, Les Hommes ÿlusrres qui ont vécu en France pendant ce siècle (1696).

Il y a de tout dans ce Malade imaginaire : de la comédie gaie, de la comédie cruelle, de la grande comédie, et de la farce. Malgré la gaîté qui circule à travers la plupart des scènes, malgré le dialogue si amusant, c’est la comédie de la maladie et de la mort; c’est la comédie de la désillusion médicale, comme George Dandin était la comédie de la désillusion conjugale. Les scènes du Testament,les scènes où Argan contrefait le mort témoignent des pressentiments et des préoccupations de Molière. Serai-je sincèrement regretté quand je ne serai plus ? Qui me pleurera ? Ab! que je voudrais assister À mes obsèques, voir ma femme, ma fille, mes amis, entendre ce qu’ils diront |

Maurice Donnay, Molière, p. 367 (x911).

PERSONNAGES

ARGAN, malade imaginaire.

BÉLINE, seconde femme d’Argan.

ANGÉLIQUE, fille d’Argan et amante de Cléante. LOUISON, petite fille d’Argan et sœur d’Angélique. BÉRALDE, frère d’Argan,

CLÉANTE, amant d’Angélique. Il est vêtu galamment et en amoureux. MONSIEUR DIAFOIRUS, médecin.

THOMAS DIAFOIRUS, son fils et amant d’Angélique. MONSIEUR PURGON, médecin d’Argan.

MONSIEUR FLEURANT, apothicaire.

MONSIEUR BONNEFOI, notaire.

TOINETTE, servante. Ê

La scène est à Paris.

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