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SCÈNE XVI. — GORGIBUS, MASCARILLE, MAGDELON, CATHOS, JODELET, VroLons

GORGIBUS

Ah! coquines que vous êtes! vous nous mettez dans de beaux draps blancs, à ce que je vois ; et je viens d'apprendre de belles affaires, vraiment, de ces messieurs qui sortent!

MAGDELON Ah! mon père, c’est une pièce sanglante qu’ils nous ont faite!

GORGIBUS Oui, c’est une pièce sanglante, mais qui est un effet de votre impertinence, infâmes |! Ils se sont ressentis du traitement que vous leur avez fait, et cependant, malheureux que je suis, il faut que je boive l’affront.

MAGDELON Ah! je jure que nous en serons vengées ou que je mourrai en la peine. Et vous, marauds,osez-vous vous tenir ici après votre insolence ?

MASCARILLE Traiter comme cela un marquis! Voilà ce que c’est que du monde; la moindre disgrâce nous fait mépriser de ceux qui nous chérissaient. Allons, camarade, allons chercher fortune autre part; je vois bien qu’on n’aime ici que la vaine apparence, et qu’on n’y considère point la vertu toute nue. (L/s sortent tous deux.) SCÈNE XVIL — GORGIBUS, MAGDELON, CATHOS, VIOLONS VIOLONS Monsieur, nous entendons que vous nous contentiez, à leur défaut, pour ce que nous avons joué ici.

GORGIBUS, es battant.

Oui, oui, je vous vais contenter; et voici la monnaie dont je vous veux payer. Et vous, pendardes, je ne sais qui me tient que je ne vous en fasse autant; nous allons servir de fable et de risée à tout le monde, et voilà ce que vous vous êtes attiré par vos extravagances. Allez vous cacher, vilaines ; allez vous cacher pour jamais ! (SeyZ.) Et vous, qui êtes cause de leur folie, sottes billevesées, pernicieux amusements des esprits oisifs, romans, vers, chansons, sonnets et sonnettes, puissiez-vous être à tous les diables.

COMÉDIE

représentée pour la première fois sur le théâtre du Palais-

Royal le 24 juin 1661. Dédiée à Monsieur, frère du roi, à qui Molière et sa troupe ont l’honneur « d’être », cette pièce a une double importance au point de vue de la carrière et de lPœuvre de Molière. Depuis son retour à Paris, il n’avait donné que les Précieuses ridicules, qui avaient obtenu un succès considérable, Sganarelle et Don Garcie de Navarre, qui avaient complètement échoué : le succès de /” École des maris fut, pour son avenir, décisif. C'était en outre, quelque estime qu’on fasse des Precieuses, la première comédie vraiment humaine de Molière, la ptemière que, selon sa propre expression, « il mettait de luimême au jouf ».

Jouée trente-huit fois à la ville au cours de l’été 1661, elle fut donnée « en visite » chez Mme de Ja Trémouille le 9 juillet, et avec un tel succès que le surintendant Fouquet, alors au comble de sa puissance et de sa splendeur, manda à son château de Vaux la troupe de Molière pour rehausser l'éclat de la fête qu’il donna le 11 juillet, au roi d'Angleterre, à Monsieur et à Madame. Le 13 dans l’après-midi, l’École des maris fut jouée à Fontainebleau, devant le roi, et le soir du même jour chez la surintendante ; le 14, chez le marquis de Richelieu, devant les filles de la reine. A la huitième représentation au Palais-Royal, le 8 juillet, la recette avait atteint 1131 livres, chiffre dépassé d’une livre à la représentation suivante, le 10 juillet.

La finesse de l’intrigue comique de cette excellente comédie de caractère, qui n’a que peu de ressemblance avec les Adelphes de Térence, fut pour beaucoup dans l’accueil fait par le public à une pièce qui, selon le mot de Loret, « charma tout Paris». Sa distribution même ne fut pas sans piquer le public; pour la première fois Armande Béjart y apparaissait sous son nom dans le rôle de Léonor, où elle incarnait la jeune pupille que Molière- Sganarelle prétendait épouser; Madeleine Béjart tenait le rôle de Lisette, suivante de Léonor, et Mile de Brie, celui d’Isabelle.

De 1680 à 1936, l’École des maris a eu à la Comédie-Française 1279 représentations : Mme Bartet marqua le rôle d’Isabelle, et Dehelly fut un délicieux Valère.

L= DES MARIS, comédie en trois actes et en vers, fut

ÉDITION ORIGINALE : patue le 20 août 1661, avec ptivilège du 9 juillet, chez Charles de Sercy qui s’associa Guillaume de Luyne, Barbier, Quinet et Jean Guignard.

Précédée d’une épître dédicatoire «à Monseigneur le duc d'Orléans, frère unique du roi », et ornée d’un frontispice où Molière est figuré en Sganarelle, avec un habit consistant « en haut-de-chausse, pourpoint, manteau, col, escarcelle et ceinture ».

TÉMOIGNAGES CONTEMPORAINS : Loret, Muse historique, lettre du 17 juillet 1661. — Lagrange, Registre, aux dates des 24, 26, 28, 29 juin, et 127, 3, 5, 8 et 10 juillet 1661.— Donneau de Visé, Nouvelles nouvelles, 3° partie, p. 228, 1663.

À CONSULTER : La Harpe, Lycée, 2° partie, I, chap. 6. — F. Hémon, les « Écoles » dans son Cours de littérature, t. NT, Molière, fasc. 3, 1893. — Mattinenche, Les sources de l'École des maris, dans la Revue d'Histoire littéraire, 1898. — Maurice Donnay, Molière, pp. 99-114, 1911.

Le dénouement de lÉrole des maris est le meilleur de toutes les pièces de Molière il est vraisemblable, naturel, tiré du fond de l’intrigue, et, ce qui vaut bien autant, il est extrêmement comique.

Voltaire.

C'est une pièce gaie, optimiste, une pièce de fiançailles, que le poète met dans la corbeille de la jeune Armande. Maurice Donnay, Molière, p. 108 (1911).

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