‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 111 sur 619 · CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE

Iras-tu, Curiace, et ce funeste honneur * Te plaît-il aux dépens de tout notre bonheur?

CURIACE

Hélas ! je vois trop bien qu'il faut, quoi que je fasse 535

Mourir, ou de douleur, ou de la main d'Horace.

Je vais comme au supplice à cet illustre emploi,

Je maudis mille fois i état qu'on fait de moi,

Je hais cette valeur qui fait qu'Albe m'estime ;

Ma flamme au désespoir passe jusques au crime, 540

Elle se prend au ciel, et rose quereller * ;

Je yous plains, je me plains; mais il y faut aller.

CAMILLE

Non ; je te connois mieux, tu yeux que je te prie

Et qu ainsi mon pouvoir t'excuse à ta patrie.

Tu n'es que trop fameux par tes autres exploits : 545

Albe a reçu par eux tout ce que tu lui dois.

Autre n'a mieux qu* toi soutenu cette guerre;

Autre de plus de morts n'a couvert notre terre * r

Ton nom ne peut plus croître, il ne lui manque rien ;

Souffre qu'un autre ici puisse ennoblir le sien. 550

CU1UACB.

Que je souffre à mes veux qu'on ceigne une autre tête

Des lauriers immortels que la gloire m'apprête, ^

Ou que tout mon pays reproche à ma vertu

Qu'il auroit triomphe si j 'a vois combattu,

i.Var. Iras-tu, ma chère âme, et ce funeste honneur. (1641-56) — « Chère âme, dit Voltaire, ne révoltait point en 1639, et ces expressions tendres rendaient encore la situation plus haute. Depuis peu même une grande actrice {Mlle Clairon) a rétabli cette expression : ma chère âme. »

2. Var. Elle se prend aux Dieux, qu'elle ose quereller. (1641^56) 5. far. Autre de plus de morts n a couvert cette terre. (l641-o6)

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