ACTE III, SCÈNE II
Flatteuse illusion, erreur douce et grossière, Vain effort de mon âme, impuissante lumière, 740
De qui le faux brillant prend droit de m'éblouir, Que tu sais peu durer, et tôt t'évanouir ! Pareille à ces éclairs qui dans le Tort des ombres Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres, Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté 745
Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. Tu cnarmois trop ma peine, et le ciel, qui s'en fâche, lie yend déjà bien cher ce moment de relâche. Je sens mon triste cœur percé de tous les coups Qui m'ôtent maintenant un frère ou mon époux. 75)
Quand je songe à leur mort, quoi que je me propose, Je songe par quels bras, et non pour quelle cause, Et ne vois les vainqueurs en leur illustre rang Que pour considérer aux dépens de quel sang. La maison des vaincus touche seule mon âme : 755
En Tune je suis fille, en l'autre je suis femme, Et tiens à toutes deux par de si forts liens, Qu'on ne peut triompher que par la mort des miens. C'est là donc cette paix que j'ai tant souhaitée 1 Trop favorables Dieux, vous m'avez écoutée! 760
Quels foudres lancez-vous quand vous vous irritez, Si même vos faveurs ont tant de cruautés? Et de quelle façon punissez-vous l'offense, Si vous traites ainsi les vœux de l'innocence ?