ACTE III, SCÈNE III
SABINE
Quoil dans leur dureté ces cœurs d'acier s'obstinent M
JULIE
Oui, mais d'autre côté les deux camps se mutinent *,
Et leurs cris, des deux parts poussés en même temps,
Demandent la bataille, ou d'autres combattants. 810
La présence des chefs à peine est respectée,
Leur pouvoir est douteux, leur voix mal écoutée;
Le roi même s'étonne ; et po'ur dernier effort :
c Puisque chacun, dit-il, s'échauffe en ce discord,
Consultons des grands Dieux la majesté sacrée, S15
Et voyons si ce change à leurs bontés agrée.
Quel impie osera se prendre à leur vouloir,
Lorsqu'en un sacrifice ils nous l'auront fait voir ? »
Il se tait, et ces mots semblent être des charmes ;
Même aux six combattants ils arrachent les armes; 820
Et ce désir d'honneur qui leur ferme les yeux,
Tout aveugle qu'il est, respecte encor les Dieux.
Leur plus bouillante ardeur cède à l'avis de Tulle ;
Et soit par déférence, ou par un prompt scrupule,
Dans l'une et l'autre armée on s'en lait une loi. 825
Comme si toutes deux le connoissoient pour roi.
Le reste s'apprendra par la mort des victimes.
SABINE
Les Dieux n'avoueront point un combat plein de crimes ;
J'en espère beaucoup^ puisqu'il est diffère,
Et je commence à voir ce que j'ai désiré. 830