‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 125 sur 619 · SABINE, CAMILLE, JULIE · texte numérisé non relu

SABINE, CAMILLE, JULIE

SABINE

Ha soeur, que je vous die une bonne nouvelle.

CAMILLE

Je pense la savoir, s'il laut la nommer telle.

On l'a dite à mon père, et j'étois avec lui ;

Mais je n'en conçois rien qui flatte mon ennui.

Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rudes ; 835

i.Var. Qaoif dans leur dureté ces cœurs de fer s'obtUnentr

t.Var. Ils le font, mais d'ailleurs les deux camps se mutinent.

Ce n'est qu'un plus long terme à nos inquiétudes,

Et tout l'allégement qu'il en faut espérer,

C'est de pleurer plus tard ceux qu'il faudra pleurer.

SABINE

Les Dieux n'ont pas en Tain inspiré ce tumulte.

CAMILLE

Disons plutôt, ma sœur, qu'en vain on les consulte. 840

Ces mêmes Dieux à Tulle ont inspiré ce choix ;

Et la voix du public n'est pas toujours leur voix :

Ils descendent bien moins dans de si bas étages

Que dans l'âme des rois, leurs vivantes images,

De qui l'indépendante et sainte autorité1 845

Est un rayon secret de leur divinité.

JULIE

C'est vouloir sans raison vous former des obstacles

Que de chercher leur voix ailleurs qu'en leurs oracles ;

Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu.

Sans démentir celui qui vous fut hier rendu. 850

CAMILLE

Un oracle jamais ne se laisse comprendre :

On lentend d'autant moins que plus on croit l'entendre * ;

Et loin de s'assurer sur un pareil arrêt,

Qui n'y voit rien d'obscur doit croire que tout l'est.

SABINE

Sur ce qui fait pour nous prenons plus d'assurance, 855

Et souffrons les douceurs d'une juste espérance.

Quand la faveur au ciel ouvre à demi ses bras,

Qui ne s'en promet rien ne la mérite pas ;

11 empêche souvent qu'elle ne se déploie,

Et lorsqu'elle descend, son refus la renvoie. 860

CAMILLE

Le ciel agit sans nous en ces événements, Et ne les règle point dessus nos sentiments.

JULIE

Il ne vous a fait peur que pour vous faire grâce. Adieu : je vais savoir comme enfin tout se passe. Modérez vos frayeurs; j'espère à mon retour i 865

Ne vous entretenir que de propos d'amour,

i.Var. Et de qui l'absolue et sainte autorité. (1641-56) 2. Le même vers, avec un seul mot de changé, se lit dans Psyché (acte II, scène m) :

Un oracle jamais n'est sans obscurité :

On l'entend d'autant moins que mieux on croit l'entendre ; i

Et Racine a dit dans Iphigénie, acte 11, scène i ;

Un oracle toujours se plaît à se cacher.

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