‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 13 sur 619 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DON DIÈGOE

0 rage I 6 désespoir ! ô vieillesse ennemie t

N'ai- je donc tant vécu que pour cette infamie?

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers ,

Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers? /r< <ijc&40

Mon bras, qu'avec respect toute l'Espagne admire/

Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,

Tant de fois affermi le trône de son Roi,

Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi? ^ <**•>*. >rt*c^

0 cruel souvenir de ma gloire passée 1 * 245

Œuvre de tant de jour6 en un jour effacée I

Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur I

Précipice élevé d'où tombe mon honneur 1

Faut-il de votre éclat voir triompher le Comte,

Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte t 250

Comte, sois de mon Prince à présent gouverneur :

Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ; /1^ ,,.^ /—

Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne,

Malgré le choix du koi, m'en a su rendre indigne.

Et toi, de mes exploits, glorieux instrument, 255

Mais d'un corps tout de glace inutile ornement,

Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, / ' * •**' v* " *'

M'as servi de parade, et non pas de défense,

Va, quitte désormais le dernier des humains,

Passe, pour me venger, en de meilleures mains * 200

1. La scène continue et finit ainsi dans les éditions antérieures a 1660:

don dieg. Ëpargnes-tu mon sang? le comte. Mon âme est satisfaite, Et mes yeux à ma main reprochent ta défaite. don Dite. Tu dédaignes ma vie I' le oomte. En arrêter le cours Ne seroit que hâter la Parque de trois jours. (1637-56)

2. Dans les mêmes éditions, la scène a de plus ces quatre vers : Si Rodrigue est mon fils, il faut que l'amour cède,

Et qu'une ardeur plus haute à ses flammes succède :

Mon honneur est le sien, et le mortel affront

Qui tombe sur mon chef rejaillit sur son Iront. (1637-56)

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