SCÈNE IV
DON DIÈGOE
0 rage I 6 désespoir ! ô vieillesse ennemie t
N'ai- je donc tant vécu que pour cette infamie?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers ,
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers? /r< <ijc&40
Mon bras, qu'avec respect toute l'Espagne admire/
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son Roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi? ^ <**•>*. >rt*c^
0 cruel souvenir de ma gloire passée 1 * 245
Œuvre de tant de jour6 en un jour effacée I
Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur I
Précipice élevé d'où tombe mon honneur 1
Faut-il de votre éclat voir triompher le Comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte t 250
Comte, sois de mon Prince à présent gouverneur :
Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ; /1^ ,,.^ /—
Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne,
Malgré le choix du koi, m'en a su rendre indigne.
Et toi, de mes exploits, glorieux instrument, 255
Mais d'un corps tout de glace inutile ornement,
Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, / ' * •**' v* " *'
M'as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger, en de meilleures mains * 200
1. La scène continue et finit ainsi dans les éditions antérieures a 1660:
don dieg. Ëpargnes-tu mon sang? le comte. Mon âme est satisfaite, Et mes yeux à ma main reprochent ta défaite. don Dite. Tu dédaignes ma vie I' le oomte. En arrêter le cours Ne seroit que hâter la Parque de trois jours. (1637-56)
2. Dans les mêmes éditions, la scène a de plus ces quatre vers : Si Rodrigue est mon fils, il faut que l'amour cède,
Et qu'une ardeur plus haute à ses flammes succède :
Mon honneur est le sien, et le mortel affront
Qui tombe sur mon chef rejaillit sur son Iront. (1637-56)