ACTE I, SCÈNE III
Sans moi, vous passeriez bientôt sous d'autres lois,
Et tous auriez bientôt vos ennemis pour rois1. 200
Chaque jour, chaque instant, pour rehausacr ma glaire, "+c >vklV
Met lauriers sur lauriers, victoire sur victoire.
Le Prince à mes côtés feroit dans les combats
L'essai de son courage à l'ombre de mon bras :
Il apprendrait à vaincre en me regardant faire ; 205
Et pour répondre en bâte à son grand caractère,
Il verroit...
don diSgue.
Je le sais, vous servez bien le Roi : Je vous ai vu combattre et commander sous moi. Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace, Votre rare valeur a bien rempli ma place; 210
Enfin, pour épargner les discours superflus, Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus. Vous voyez toutefois qu'en cette concurrence Un monarque entre nous met quelque différence9.
LE COMTE
Ce que jeméritois, vous l'avez emporté. <=*♦ »-y ^ / 215
DON DIÈGDE.
Qui l'a gagné sur vous l'avoit mieux mérité
LE COMTE
Qui peut mieux l'exercer en est bien le plus digne.
DOH D1ÈGITE.
En être refusé n'en est pas un bon signe.
LE COMTE
Vous l'avez eu par brigue, étant vieux courtisan.
DON DIÈGIB.
L'éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan. 220
LE COMTE
Parlons-en mieux, le Roi fait honneur à votre âge5.
1. Var. Et si vous ne m'aviez, vous n'auriez plu* de rois. Chaque jour, chaque instant entasse pour ma gloire Laurier dessus laurier, victoire sur victoire.
Le Prince, pour essai de générosité, Gaçneroit des combats marchant à mon côté; Loin des froides leçons qu'à mon bras on préfère, (H apprendrait à vaincre en me regardant faire.) von dièg. Vous me partez en vain de ce que je connoi : [Je vous ai vu combattre et commander sous moi.] (1657-56) — Au vers 3 de cette variante, les éditions dé 1648-56, portent : Lauriers dessus lauriers, au pluriel.
2. Var. Un monarque entre nous met de la différence. (1637-56) 5. Yar. Parlons-en mieux, le Hoi fait l'honneur à votre âge.
(îeU in-4)
il LE CID
DON DIÊ6UE.
Le Roi, quand il en fait, le mesura au courage1.
LE COMTE
Et par là cet honneur n'étoit dû qu'à mon bras.
DON DIÈGITE.
Qui n'a pu l'obtenir ne le méritoit pas.
LE COUTE
Ne le méritoit pasl Moi?
DON DIEGUE
Vous.
LE COMTE
Ton impudence, 225
Téméraire vieillard, aura sa récompense.
(// lui donne un soufflet*.) ^^■<U don diègub, mettant Vépée à la main.
Achève, et prends ma vie après un tel affront, Le premier dont ma race ait vu rougir son front.
LE COMTE
Et que penses-tu faire avec tant de foiblessc ?
BON DIEGUE
0 Dieu! ma force usée en ce besoin me laisse *! 230
LE COMTE
Ton épée est à moi ; mais tu serois trop vain, Si ce honteux trophée avoit chargé ma main.
Adieu : fais lire au Prince, en dépit de l'envie, Pour son instruction, l'histoire de ta vie :
1. Var. Le Roi quand il en fut, les mesure au courage. (1648-56)
2. « On ne donnerait pas aujourd'hui un soufflet sur la joue d'un héros, dit Voltaire. Les acteurs mêmes sont très-embarrassés à donner ce soufflet, ils font le semblant. Gela n'est plus même souffert dans la comédie, et c'est le seul exemple qu'on en ait sur le théâtre tragique. 11 est à croire que c'est une des raisons qui firent intituler le Cid tragi-comédie. Presque toutes les pièces de Scudéry et de Boisrobert avaient été des tragi-comédies. On avait cru longtemps en France qu'on ne pouvait supporter le tragi-
phitryon est très-sérieusement affligé. »— On a fait remarquer avec raison que, dans le prologue d'Amphitryon (vers 59 et 65), Plaute désigne la pièce par le nom de tragicocomœdia, non pour la raison que donne ici Voltaire, mais parce qu'on voit figurer ensemble dans ce drame, d'une part, des dieux et des rois, personnages de la tragédie, et de l'autre des esclaves, personnages de la comédie.
3. far. 0 Dieul ma force usée à ce besoin me laisse. (1637-56)