‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 134 sur 619 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

Ceux crue vient de m'ôter une main ennemie.

Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'honneur ;

11 me suffit.

VALÈRE

Mais l'autre est un rare bonheur ; De tous les trois chez tous il doit tenir la place.

LE VIEIL HORACE

Que n'a-t-on tu périr en lui le nom d'Horace ft 1 1080

VALÈRB.

Seul tous le maltraitez après ce qu'il a fait.

LE VIEIL HORACE

C'est à moi seul aussi de punir son forfait.

VALÈRE

Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite?

LE VIEIL HORACE

Quel éclat de vertu trouvez-vous en sa fuite T

VALÈRE

La fuite est glorieuse en cette occasion. 4085

LE VIEIL HORACE

Vous redoublez ma honte et ma confusion. Certes l'exemple est rare et digne de mémoire, De trouver dans la fuite un chemin à la gloire.

VALÈRE

Quelle confusion, et quelle honte à tous

D'avoir produit un fils qui nous conserve tous, 1000

Qui fait triompher Rome, et lui gagne un empire?

A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père aspire ?

LE VIEIL HORACE

Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire enfin, Lorsqu'Albe sous ses lois range notre destin ?

VALÈRE

Que parlez-vous ici d'Àlbe et de sa victoire ? 4005

Ignorez-vous encor la moitié de l'histoire?

LE VIEIL HORACE

Je sais que par sa fuite il a trahi l'État*.

VALÈRE

Oui, s'il eût en fuyant terminé le combat ;

Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyoit qu'en homme

Qui savoit ménager l'avantage de Rome. 1400

LE VIEIL HORACE

Quoi? Rome donc triomphe?

1. Var. Eût-il fait avec lui périr le nom d'Borace ! (1C41-56)

2. Var. Le combat par sa fuile est-il pas terminé? val. Albe ainsi quelque temps se l'est imaginé;

liais elle a bientôt vu oue c'étoit fuir en homme. (1641-56)

VALERE

Apprenez, apprenez La valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez.

Resté seul contre trois, mais en cette aventure Tous trois étant blessés, et lui seul sans blessure, Trop foible pour eux tous, trop fort pour chacun d'eux 1105 Il sait bien se tirer d'un pas si dangereux l ; Il fuit pour mieux combattre, et cette prompte ruse Divise adroitement trois frères qu'elle abuse. Chacun le suit d'un pas ou plus ou moins pressé, Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins blessé ; 1110

Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite ; Hais leurs coups inégaux séparent leur poursuite.

Horace, les voyant l'un de l'autre écartés, Se retourne, et déjà les croit demi-domptés : Il attend le premier, et c'étoit votre gendre. 1115

L'autre, tout indigné qu'il ait osé l'attendre, En vain en l'attaquant fait paroître un grand cœur : Le sang qu'il a perdu ralentit sa vigueur. Albe à son tour commence à craindre un sort contraire ; Elle crie au second qu'il secoure son frère : 1120

Il se hâte et s'épuise en efforts superflus ; Il trouve en les joignant que son frère n'est plus.

CAMILLE

Hélas !

VALERE

Tout hors d'haleine il prend pourtant sa place, Et redouble bientôt la victoire d'Horace : Son courage sans force est un débile appui; 1125

Voulant venger son frère, il tombe auprès de lui. L'air résonne des cris qu'au ciel chacun envoie ; Albe en jette d'angoisse, et les Romains de joie.

Comme notre héros se voit près d'achever, C'est peu pour lui de vaincre, il veut encor braver : 1 1 30 < J'en viens d'immoler deux aux mânes de mes frères ; Rome aura le dernier de mes trois adversaires ; C'est à ses intérêts que je vais l'immoler, » Dit-il ; et tout d'un temps on le voit y voler. La victoire entre eux deux n'étoit pas incertaine ; 11 55

L'Albain percé de coups ne se tralnoit qu'à peine, Et comme une victime aux marches de l'autel, Il sembloit présenter sa gorge au coup mortel : Aussi le reçoit-il, peu s'en faut, sans défense, Et son trépas de Rome établit la puissance. 1140

1. Var. Il sait bien se tirer d'un pas si hasardeux. (1641-63)

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