‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 140 sur 619 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HORACE, CAMILLE, PROCULE (Procule porte en sa main les trois épées des Curiaces.)

Ma sœur, voici le bras qui venge nos deux frères,

Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires,

Qui nous rend maîtres d'Àlbe ; enfin voici le bras

Qui seul fait aujourd'hui le sort de deux États ;

Vois ces marques d'honneur, ces témoins de ma gloire, 1255

Et rends ce que tu dois à l'heur de ma victoire.

CAMILLE

Recevez donc mes pleurs, c'est ce que je lui dois.

Rome n'en veut point voir après de tels exploits,

Et nos deux frères morts dans le malheur des armes

Sont trop payés de sang pour exiger des larmes : 1260

Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu.

CAMILLE

Puisqu'ils sont satisfaits par le sang épandu,

Je cesserai pour eux de paroître affligée,

Et j'oublierai leur mort que vous avez vengée ;

Maii qui me vengera de celle d'un amant, 1265

1. Var. C'est gloire de passer pour des cœurs abattus, Quand la brutalité fait les hautes vertus. (1641-56)

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