ACTE IV, SCÈNE V
Tour me faire oublier sa perte en un moment?
Que dis-tu, malheureuse?
CAMILLE
0 mon cher Curiacel
0 d'une indigne sœur insupportable audace * I
D'un ennemi public dont je reviens vainqueur
Le nom est dans ta bouche et l'amour dans ton cœur I 1270
Ton ardeur criminelle à la vengeance aspire 1 j /^
Ta bouche la demande, et ton cœur la respire 1
Suis moins ta passion, règle mieux tes désirs,
Ne me fais plus rougir d'entendre tes soupirs; JV
Tes flammes désormais doivent être étouffées ; / 1275
Bannis-les de ton âme, et songe à mes trophées : * ,
Qu'ils soient dorénavant ton unique entretien. ^~ *'
" CAMILLE
Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien;
Et si tu veux enfin que je t'ou\Te mon éme,
Rends-moi mon Curiace, ou laisse agir ma flamme : 1280
Ha joie et mes douleurs dépendoient de son sort ;
Je l'adorois vivant, et je le pleure mort.
Ne cherche plus ta sœur où tu l'avois laissée : Tu ne revois en moi qu'une amante offensée, Qui, comme une furie attachée à tes pas, 1285
Te veut incessamment reprocher son trépas. Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes *, Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes, Et que jusques au ciel élevant tes exploits, jl- Moi-même je le tue une seconde fois L— -*•*** 1290
Puissent tant de malheurs accompagner ta" vie5, Que tu tombes au point de me porter envie; Et toi, bientôt souiller par quelque lâcheté * «* . • ■ . v * Cette gloire si chère à ta brutalité 1
0 ciel ! qui vit jamais une pareille rage ? 1295
Crois-tu donc que je sois insensible à l'outrage,
Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur ?
Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,
Et préfère du moins au souvenir d'un homme
Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome. 1300
1. Var. 0 d'une indigne iceur l'insupportable audace I (1641-40)