‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 153 sur 619 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Ce mal leur semble moindre, et moins rudes ses coups, Voyant <rae tout l'honneur en retombe sur nous; Tous trois désavoueront la douleur qui te touche, Les larmes de tes yeux, les soupirs de ta bouche, L'horreur que tu fais voir d'un mari vertueux. 1645

Sabine, sois leur sœur, suis ton devoir comme eux.

(Au roi.)

Contre ce cher époux Yalère en vain s'anime : Dn premier mouvement ne fut jamais un crime; Et la louange est due, au lieu du châtiment, Quand la vertu produit ce premier mouvement. 1650

Aimer nos ennemis avec idolâtrie, De race en leur trépas maudire la patrie, Souhaiter à l'État un malheur infini, C'est ce qu'on nomme crime, et ce qu'il a puni. Le seul amour de Rome a sa main animée : 1651

Il seroit innocent s'il l'avoit moins aimée. Qu'ai- je dit, Sire? il l'est, et ce bras paternel L'auroit déjà puni s'il étoit criminel : J'aurois su mieux user de l'entière puissance Que me donnent sur lui les droits de la naissance ; 1660

J'aime trop l'honneur, Sire, et ne suis point de rang A souffrir ni d'affront ni de crime en mon sang. C'est dont je ne veux point de témoin que Valère : Il a vu quel accueil lui gardoit ma colère, Lorsque ignorant encor la moitié du.combat^ 1665

Je croyois que sa fuite avoit trahi l'État. Qui le fait se charger des soins de ma famille ? Qui le fait, malgré moi, vouloir venger ma fille ? Et par quelle raison, dans son juste trépas, Prend-il un intérêt qu'un père ne prend pas ? 1670

On craint qu'après sa sœur il n'en maltraite d'autres. Sire, nous n'avons part qu'à la honte des nôtres, Et de quelque façon qu'un autre puisse agir, Qui ne nous touche point ne nous fait point rougir.

(A Valère.)

Tu peux pleurer, Valère, et même aux yeux d'Horace ; 1675 Il ne prend intérêt qu'aux crimes de sa race : Qui n'est point de son sang ne peut faire d'affront Aux lauriers immortels qui lui ceignent le front. Lauriers, sacrés rameaux qu'on veut réduire en poudre, Vous qui mettez sa tête à couvert de la foudre *, 1680

L'abandonnerez-vous à l'infâme couteau

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