voyei la Poétique, fin du chapitre
s. Ne puer os coram populo ttedea trucidet.
(Art poétique, vers 185.)
4. Va», (édit. de 1680 et de 1663) : L'adoucissement que j'ai apporté à rectifier, etc.
5. Corneille parle ici de ses trois discours, $ur le Poime dramatique, sur la Tragédie, sur tes trois Vnités.Void le passage auquel il fait allusion : « Pour rectifier ce sujet à. notre mode, il faudroit qu'Oreste n'eût dessein que contre Égisthe ; qu'un reste de tendresse respectueuse pour sa mère lui en fît remettre la punition aux dieux ; que cette reine s'opiniâtrât à la protection de son adultère, et qu'elle se mit entre son fils et lui, si malheureusement qu'elle reçût le coup que ce prince voudroit porter à cet assassin de son père : ainsi elle mourroit de la main de son fils sans que la barbarie d'Oreste nous fit horreur. 9
théâtre à qui il pût adresser le coup qutelle recevrait, comme peut faire Oreste à Égisthe. D'ailleurs l'histoire est trop connue pour retrancher le péril qu'il court d'une mort infâme après ravoir tuée; et la défense que lui prête son père pour obtenir sa grâce n'auroit plus de lieu, s'il demeurait innocent. Quoi qu'il en soit, voyons si cette action n'a pu causer la chute ' de ce poème que par là, et si elle n'a point d'autre irrégularité que de blesser les yeux.
Gomme je n'ai point accoutumé de dissimuler mes défauts, j* en trouve ici deux ou trois assez considérables. Le premier est que cette action, qui devient la principale de la pièce, est momentanée, et n'a point cette juste grandeur que lui demande Aristote, et qui consiste en un commencement, un milieu et une fin. Elle surprend tout d'un coup ; et toute la préparation que j'y ai donnée par la peinture de la vertu farouche d'Horace, et par la défense qu'il fait à sa sœur de regretter qui que ce soit *, de lui ou de son amant, qui meure au combat, n'est point suffisante pour faire attendre un emportement si extraordinaire, et servir de commencement à cette action.
Le second défaut est que cette mort fait une action double, par le second péril où tombe Horace après être sorti du premier. L'unité de péril d'un héros dans la tragédie fait l'unité d'action; et quand il en est garanti, la pièce est finie, si ce n'est que la sortie même de ce péril l'engage si nécessairement dans un autre, que la liaison et la continuité des deux n'en fasse qu'une action: ce qui n'arrive point ici, où Horace revient triomphant , sans aucun besoin de tuer sa sœur, ni même de parler à elle; et l'action seroit suffisamment terminée à sa victoire. Cette chute d'un, péril en l'autre, sans nécessité, fait ici un effet d'autant plus mauvais, que d'un péril public, où il y va de tout l'État, il tombe en un péril particulier, où il n'y va que de sa vie, et pour dire encore plus, d'Un péril illustre, où il ne peut succomber que glorieusement, en un péril infâme, dont il ne peut sortir sans tache. Ajoutez, pour troisième imperfection, que Camille, qui ne tient que le second rang dans les trois premiers actes, et y laisse le premier à Sabine, prend le premier en ces deux derniers, où cette Sabine n'est plus considérable, et qu'ainsi, s'il y a égalité dans les mœurs, il n'y en
1. Ce mot chute parait bien fort et ne s'accorde guère avec ce que nous lisons dans le reste de Y Examen. L'abbé d'Aubignac, dans sa Pratique 4u Théâtre (p. 88), a dit, plus exactement sans doute :« La mort de Camille... n'a pas été approuvée au théâtre » ; et Corneille lui-même, un peu plus loin (P. 183) : « Tout ce cinquième (acte) est encore une des causes du peu de satisfaction que laisse cette tragédie. »
l. ... Si par non trépas il retourne vainqueur, ete
(Acte II, scène iv, vers 818*430.)
a point dans la dignité des personnages, où se doit étendre ce précepte d'Horace1 :
Servetur ai imum Quota *> incepte processerit, et sibi constet.
Ce défaut en Rodélinde a été une des principales causes du mauvais succès de Pertharite, et je n'ai point encore tu sur nos théâtres cette inégalité de rang en un même acteur, qui n'ait produit un très-méchant effet. H seroit bon d'en établir une régie inviolable.
Du côté du temps, l'action n'est point trop pressée, et n'a rien qui ne me semble vraisemblable. Pour le lieu, bien que l'unité y soit exacte, elle n'est pas sans quelque contrainte, il est constant* qu'Horace et Curiace n'ont point de raison de se séparer du reste de la famille pour commencer le second acte ; et c'est une adresse de théâtre de n'en donner aucune, quand on n'en peut donner de bonnes. L'attachement de l'auditeur à l'action présente souvent ne lui permet pas de descendre à l'examen sévère de cette justesse, et ce n'est pas un crime que de s'en prévaloir pour l'éblouir, quand il est malaisé de le satisfaire.
Le personnage de Sabine est assez heureusement inventé, et trouve sa vraisemblance aisée dans le rapport à l'histoire , qui marque assez d'amitié et d'égalité entre les deux familles pour avoir pu faire cette double alliance.
Elle ne sert pas davantage à l'action que l'Infante à celle du Cid, et ne fait que se laisser toucher diversement, comme elle, à la diversité des événements. Néanmoins on a généralement approuvé celle-ci, et condamné l'autre. J'en ai cherché la raison, et j'en ai trouvé deux. L'une est la liaison des scènes, qui semble, s'il m'est permis de parler ainsi, incorporer Sabine dans cette pièce, au lieu que, dans le Cid, toutes celles de l'Infante sont détachées, et paroi ssent hors œuvre :
... Tantum stries juncturaque poUet */
L'autre, qu'ayant une fois posé Sabine pour femme d Horace, il est nécessaire que tous les incidents de ce poème lui donnent les sentiments qu'elle en témoigne avoir, par l'obligation qu'elle a de