A MONSIEUR DE MONTORON
Mossiecr,
Je Vous présente un tableau d'une des plus belles actions d'Auguste. Ce monarque étoit tout généreux, et sa générosité n'a jamais paru avec tant d'éclat que dans les effets de sa clémence et de sa libéralité. Ces deux rares vertus lui étoient si naturelles et si inséparables en lui, qu'il semble qu'en cette histoire que j'ai mise sur notre théâtre, elles se soient tour à tour entre-produites dans son âme. Il avoit été si libéral envers Cinna, que sa conjuration ayant fait voir une ingratitude extraordinaire, il eut besoin d'un extraordinaire effort de clémence pour lui pardonner ; et le pardon qu'il lui donna fut la source des nouveaux bienfaits dont il lui fut prodigue pour vaincre tout à fait cet esprit qui n'avoit pu être gagné par les premiers : de sorte qu'il est vrai de dire qu'il eût été moins clément envers lui s'il eût été moins libéral, et qu'il eût été moins libéral s'il eût été moins clément. Cela étant, ne puis-je pas avec justice donner le portrait de l'une de ces héroïques vertus â celui qui* possède l'autre en un si haut degré, puisque, dans cette action, ce grand prince les a si bien attachées et comme unies l'une à l'autre, qu'elles ont été tout ensemble la cause et l'effet l'une de l'autre? Je le puis certes d'autant plus justement que je vois votre générosité, comme voulant imiter ce grand empereur, prendre plaisir à s'étendre sur les gens de lettres, en un temps où * beaucoup pensent avoir trop récompensé leurs travaux
1. Cette épitre dédicatoire, ainsi que l'extrait de Sénèque qui la nuit, ne se trouve que dans l'édition eriginale (1043) et dans les recueils de 1S48-16M.— Pierre du Puget, seigneur de Montauron ou Hontoron, premier président des finances au bureau de Mentauban, mourut a Paris le X3 juin 1864. Il avait d'abord servi dans le régiment des Gardes. Tallemant des Réaux raconte (tome II, p. 148) que m Montauron avoit donné deux cents pistoles a Corneille pour Cinné... Il étoit si magnilique en toute chose, qu'on l'appeloit Son Éminence gasconne. »
t. Via. (édit. de 1841) : Cela étant, à qui pourrois-je plus justement donner le portrait de l'une de ces héroïques vertus qu'à celui qui...T
S. Tel est le texte des recueils de 1S4S-16M. Celui de la première édition (1843) pousse plus loin la flatterie. On y lit ainsi ce passage: «... la cause et l'effet l'une de l'autre. Tout aves des richesses, mais vous saves en jouir, et vous en jouisses d'une façon si noble, si relevée, et tellement illustre, que vous forces la voix publique d'avouer que la fortune a consulté la raison quand elle a répandu ses faveurs sur vous, et qu'on a plus de Sujet de vous en souhaiter le redoublement que de vous en envier l'abon-
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quand ils les ont honorés d'une louange stérile. Vous avez traité ' quelques-unes de nos muses avec tant de magnanimité, qu'en elles vous avez obligé toutes les autres, de sorte qu'il n'en est point qui ne vous en doive un re merci m en t. Trouvez bon, Monsieur, que je m'acquitte de celui que je reconnois vous en devoir, par le présent que je vous fais de ce poème, que j'ai choisi comme le plus durable des miens, pour apprendre plus longtemps à ceux qui le liront que le généreux Monsieur de Mon toron, par une libéralité inouïe en ce siècle, s'est rendu toutes les muses redevables, et que je prends tant de part aux bienfaits dont vous avez surpris quelquesunes d'elles, que je m'en dirai toute ma vie,