far. Rendons toutefois gis ce à la bonté céleste
Que de nos trois tyrans c'est le seul qui nous reste. (1643-56)
Puisque de trois tyrans c'est le seul qui nous reste,
Et que juste une fois il s'est privé d'appui,
Perdant, pour régner seul, deux méchants comme lui1.
Lui mort, nous n avons point de vengeur ni de maître ; 225
Avec la liberté Rome s'en va renaître;
Et nous mériterons le nom de vrais Romains,
Si le joug qui l'accable est brisé par nos mains.
Prenons l'occasion tandis qu'elle est propice :
Demain au Gapitole il fait un sacrifice ; 250
Qu'il en soit la victime, et faisons en ces lieux
Justice à tout le monde à la face des Dieux .
Là presque pour sa suite il n'a que notre troupe;
C'est de ma main qu'il prend et l'encens et la coupe * ;
Et je veux, pour signal, que cette même main 235
Lui donne, au lieu d'encens, d'un poignard dans le sein.
Ainsi d'un coup mortel la victime frappée
Fera voir si je suis du sang du grand Pompée ;
Faites voir après moi si vous vous souvenez
Des illustres aïeux * de qui vous êtes nés. » 240
A peine ai-je achevé, que chacun renouvelle,
Par un noble serment, le vœu d'être fidèle :
L'occasion leur plaît ; mais chacun veut pour soi
L'honneur du premier coup, que j'ai choisi pour moi.
La raison règle enfin l'ardeur qui les emporte : 245
Maxime et la moitié s'assurent de la porte;
L'autre moitié me suit, et doit l'environner,
Prête au moindre signal que je voudrai donner.
Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes. Demain j'attends la haine ou la faveur des hommes, 250
Le nom de parricide ou de libérateur, César celui de prince ou d'un usurpateur 4. Du succès qu'on obtient contre la tyrannie Dépend ou notre gloire ou notre ignominie ; Et le peuple, inégal à l'endroit des tyrans, 255
S'il les déteste morts, les adore vivants. Pour moi, soit que le ciel me soit dur ou propice, Qu'il m'élève à la gloire ou me livre au supplice, Que Rome se déclare ou pour ou contre nous, Mourant pour vous servir, tout me semblera doux. 260