‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 170 sur 619 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Où, pour mieux assurer la honte de leurs fers,

Tous vouloient à leur chaîne attacher Tunivers ;

Et l'exécrable honneur de lui donner un maître 185

Faisant aimer à tous l'infâme nom de traître,

Romains contre Romains, parents contre parents,

Combattaient seulement pour le choix des tyrans.

J'ajoute à ces tableaux la peinture effroyable De leur concorde impie, affreuse, inexorable * ; 190

Funeste aux gens de bien, aux riches, au sénat, Et, pour tout dire enfin, de leur triumvirat ; Mais je ne trouve point de couleurs assez noires Pour en représenter les tragiques histoires. Je les peins dans le meurtre à l'envi triomphants, 195

Rome entière noyée au sang de ses enfants : Les uns assassines dans les places publiques, Les autres dans le sein de leurs dieux domestiques ; Le méchant par le prix au crime encouragé ; Le mari par sa femme en son lit égorgé ; 200

Le fils tout dégouttant du meurtre de son père, Et sa tète à la main demandant son salaire, Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits * Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix.

Vous dirai-je les noms de ces grands personnages 205

Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir les courages, De ces fameux proscrits, ces demi-dieux mortels', Qu'on a sacrifiés jusque sur les autels? Vais pourrois-je vous dire à quelle impatience, A quels frémissements, à quelle violence, 210

Ces indignes trépas, quoique mal figurés, Ont porté les esprits de tous nos conjurés? Je n'ai point perdu temps, et voyant leur colère Au point de ne rien craindre, en état de tout faire, Pajoute en peu de mots : c Toutes ces cruautés, 215

La perte de nos biens et de nos libertés, Le ravage des champs, le pillage des villes, Et les proscriptions, et les guerres civiles, Sont les degrés sanglants dont Auguste a fait choix Pour monter dans le trône * et nous donner des lois. 220 Hais nous pouvons changer un destin ai funeste \

i.Var. De leur concorde affreuse, horrible, impitoyable. (1643-50)

2. Var, Sans exprimer encore avecque tous ces traits. (1643-56)

3. Far. Ces illustres proscrits, ces demi-dieux mortels. (1643-56)

4. Voltaire, dans son édition, a remplacé « dans le trône » par c sur le trône ». Voyez le Lexique de Cor mil le, au mot Taôas.

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