‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 175 sur 619 · La mort de Toranins, père d'Emilie · texte numérisé non relu

La mort de Toranins, père d'Emilie

4. Var. De peur que trop d'ardeur touchant vos intérêts Sur mon visage ému ne peignit nos secrets :

Notre amour n'est connu que d'Évandre et Fulvie. (1643-56)

188 G1NNA.

Cette grandeur sans borne et cet illustre rang ft,

Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sangr 360

Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune

D'un courtisan flatteur la présence importune,

N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit,

Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.

L'ambition déplaît quand elle est assouvie, 965

D'une contraire ardeur son ardeur est suivie ;

Et comme notre esprit, jusqu'au dernier soupir,

Toujours vers quelque objet pousse quelque désir,

Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre,

Et monté sur le faite, il aspire à descendre1. 370

J'ai souhaité l'empire, et j y suis parvenu;

Mais en le souhaitant, je ne l'ai pas connu :

Dans sa possession j'ai trouvé pour tous charmes

D'effroyables soucis, d'éternelles alarmes,

Mille ennemis secrets, la mort à tous propos, 375

Point de plaisir sans trouble, et jamais de repos.

Sylla m'a précédé dans ce pouvoir suprême;

Le grand César mon père en a joui de même :

D'un œil si dînèrent tous deux l'ont regardé *,

Que l'un s'en est démis, et l'autre Ta gardé ; 380

Mais l'un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille,

Gomme un bon citoyen dans le sein de sa ville;

L'autre, tout débonnaire, au milieu du sénat

A vu trancher ses jours par un assassinat.

Ces exemples récents suftiroient pour m'instruire, 585

Si par l'exemple seul on se devoit conduire :

L'un m'invite à le suivre, et l'autre me fait peur;

Mais l'exemple souvent n'est qu'un miroir trompeur,

Et l'ordre du destin qui gêne nos pensées

i.Var. Cette grandeur sans borne et ce superbe rang. (1643-56)

2. « Quelque crainte que mon père eût de parler de yers à mon frère, quand il le vit en âge de pouvoir discerner le bon du mauvais, il lui fit apprendre par cœur des endroits de Cinna; et lorsqu'il lui entendoit réciter ce beau vers :

Et monté sur le faite, il aspire à descendre,

• Remarquez bien cette expression, lui disoit-il avec enthou- « siasme. On dit : aspirer à monter ; mais il faut connottre la « cœur humain aussi bien que Corneille l'a connu, pour avoir su « dire de l'ambitieux qu'il aspire à descendre. » On ne croira point qu'il ait affecté la modestie lorsqu'il parloit ainsi en particulier à son fils : il lui disoit ce qu'il pensoit. » [L. Racine,)

3. Var. Sylla s'en est démis, mon père Va gardé, Différents en leur fin comme en leur procédé :

L'un, cruel et barbare, est mort aime, tranquille. (1643-56)

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