‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 202 sur 619 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Ce pouvoir souverain dont tu me yeux punir,

Me traite en criminel, et fait seule mon crime,

Relève pour l'abattre un trône illégitime,

Et d'un zèle effronté couvrant son attentat, 1155

S'oppose, pour me perdre, au bonheur de l'État I

Donc jusqu'à l'oublier je pourrais me contraindre 1

Tu vivrois en repos après m'avoir fait craindre * 1

Non, non, je me trahis moi-même d'y penser :

Qui pardonne aisément invite à l'offenser ; 1160

Punissons l'assassin, proscrivons les complices.

Mais quoi ? toujours du sang, et toujours des supplices I Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter; Je veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter. Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile * : 1135

Une tête coupée en fait renaître mille, Et le sang répandu de mille conjurés Rend mes jours plus maudits, et non plus assurés. Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Brute ; Meurs, et dérobe-lui la gloire de ta chute ; 1170

Meurs : tu ferois pour vivre un lâche et vain effort, Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta mort, Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse, Pour te faire périr tour à tour s'intéresse ; Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peux guérir ; 1175 Meurs enfin, puisqu'il faut ou tout perdre, ou mourir. La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste ; Meurs; mais quitte du moins la vie avec éclat ; Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat8 : 1180

A toi-même en mourant immole ce perfide ; Contentant ses désirs, punis son parricide ; Fais un tourment pour lui de ton propre trépas, En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas. Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine, 1185

Et si Rome nous hait, triomphons de sa haine.

0 Romains, ô vengeance, ô pouvoir absolu, 0 rigoureux combat d'un cœur irrésolu

1. Corneille a fait passer dans ce discours, avec une rare énergie, divers traits de Sénéque : Quid ergot ego percussoretn meum securum ambulare pattar,me sollicito?... Qui* finis erit suppliciorum f qui» sanguinis f Ego sum nobilibus adolescentulis exposition caput, in quod mucrànes acuant. Non est tanti vitat si, ut ego non peream, tum multa perdenda sunt, Voyei ci-dessus, p. 169.

2. Var. Rome a pour ma ruine un hydre trop fertile. (1652-56)

3. Var. Éteins-en le flambeau dans le sang d'un ingrat. (1643-60)

Pratiquer la vertu la plus digne des rois.

ADGD8TM.

Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme : 1245 Vous me tenez parole, et c'en sont là, Madame.

Après tant d'ennemis à mes pieds abattus, Depuis vingt ans je règne, et j'en sais les vertus ; Je sais leur divers ordre, et de quelle nature l Sont les devoirs d'un prince en cette conjoncture. 1250

Tout son peuple est blessé par un tel attentat, Et la seule pensée est un crime d'État, Une offense qu'on fait à toute sa province, Dont il faut qu'il la venge, ou cesse d'être prince.

Livnu Donnez moins de croyance à votre passion. 1255

auguste.

Ayez moins de foiblesse, ou moins d'ambition.

Page 1