‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 201 sur 619 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

AUGUSTE

Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie

Los secrets de mon âme et le soin de ma vie?

Reprenez le pouvoir que tous m'avez commis,

Si donnant des sujets il ôte les amis,

Si tel est le destin des grandeurs souveraines, 1125

Que leurs plus grands bienfaits n'attirent que des haines,

Et si votre rigueur les condamne à chérir

Ceux que vous animez à les faire périr.

Pour elles rien n'est sûr ; qui peut tout doit tout craindre.

Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre. 1130

Quoi? tu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné!

Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est baigné,

De combien ont rougi les champs de Macédoine,

Combien en a versé la défaite d'Antoine,

Combien celle de Sexte1, et revois tout d'un temps 1135

Pérouse au sien noyée, et tous ses habitants * ;

Remets dans ton esprit, après tant de carnages,

De tes proscriptions les sanglantes images,

Où toi-même, des tiens devenu le bourreau,

Au sein de ton tuteur enfonças le couteau5 : 1140

Et puis ose accuser le destin d'injustice *,

Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice,

Et que, par ton exemple à ta perte guidés,

Ils violent des droits que tu n'as pas gardés 8 1

Leur trahison est juste, et le ciel l'autorise ; 1145

Quitte ta dignité comme tu l'as acquise;

Rends un sang infidèle à l'infidélité,

Et souffre des ingrats après l'avoir été.

Hais que mon jugement au besoin m'abandonne 1 Quelle fureur, Cinna, m'accuse et te pardonne? 1150

Toi, dont la trahison me force à retenir

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