AUGUSTE, CINNA
AUGUSTE
Prends un siège, Cinna, prends, et sur toute chose 1425 Observe exactement la loi que je t'impose : Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours ; D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le cours ; Tiens ta langue captive ; et si ce grand silence A ton émotion fait quelque violence, 1430
Tu pourras me répondre après tout à loisir * : Sur ce point seulement contente mon désir.
Je vous obéirai, Seigneur.
AUGUSTE
Qu'il te souvienne De garder ta parole, et je tiendrai la mienne.
Tu vois le jour, Cinna ; mais ceux dont tu le tiens 1435 Furent les ennemis de mon père, et les miens : Au milieu de leur camp tu reçus la naissance * ; Et lorsqu'après leur mort tu vins en ma puissance, Leur haine enracinée au milieu de ton sein T'a voit mis contre moi les armes à la main; 1440
Tu fus mon ennemi même avant que de naître,
1. Quum altérant pont Cintue cathedram jtusisset : « Hoc, inquit, prtmum a te peto, ne me loquentem interpelles, ne medio sermone meo proclames; dabitur ttbi loquendi liberum tempus. » (SiNiQui.) Voyez ci-dessus, p. 170. — Dans la suite de la scène, on trouvera mainte autre traduction ou imitation de Sénéque.
2. Far. Ce fut dedans leur camp que tu pris la naissance; Et quand après leur mort tu vins en ma puissance, Leur haine héréditaire, ayant passé dans toi,
Tavoit mis à la main les armes contra moi. (it45~5f)