SCÈNE m
AUGUSTE, LIYIE, CINNA, MAXIME, EMILIE, FULYIE
AUGUSTE
Mais enfin le ciel m'aime, et ses bienfaits nouveaux i
Ont enlevé * Maxime à la fureur des eaux.
Approche, seul ami que j'éprouve fidèle. 1665
HAXUQt.
Honorez moins, Seigneur, une âme criminelle.
i.Var. Mais enfin le ciel m'aime, et parmi tant de maux
Il m'a rendu Maxime, et l'a sauré des eaux. (1643-56) i. Voltaire, dans l'édition de 1786, a remplacé enlevé par arraché.
AUGUSTE
Ne parlons plus de crime après ton repentir, Après que du péril tu m'as su garantir : C'est à toi que je dois et le jour et l'empire.
MAXIME
De tous vos ennemis connoissez mieux le pire : 1670
Si vous régnez encor, Seigneur, si vous vivez, C'est ma jalouse rage à qui vous le devez.
Un vertueux remords n'a point touché mon âme ; Pour perdre mon rival j'ai découvert sa trame. Euphorbe vous a feint que je m'étois noyé, 1675
De crainte qu'après moi vous n'eussiez envoyé : Je voulois avoir lieu d'abuser Emilie, Effrayer son esprit, la tirer d'Italie, Et pensois la résoudre à cet enlèvement Sous l'espoir du retour pour venger son amant; 4680
Mais, au lieu de goûter ces grossières amorces, Sa vertu combattue a redoublé ses forces. Elle a lu dans mon cœur ; vous savez le surplus, Et je vous en ferois des récits superflus. Vous voyez le succès de mon lâche artifice. 1685
Si pourtant quelque grâce est due à mon indice, Faites périr Euphorbe au milieu des tourments *, Et souffrez que je meure aux yeux de ces amants. J'ai trahi mon ami, ma maîtresse, mon maître, Ha gloire, mon pays, par l'avis de ce traître, 1690
Et croirai toutefois mon bonheur infini, Si je puis m'en punir après lavoir puni.
AUGUSTE
En est-ce assez, ô ciel ! et le sort, pour me nuire, A-t-il quelqu'un des miens qu'il veuille encor séduire? Qu'il joigne à ses efforts le secours des enfers : 1605
Je suis maître de moi comme de l'univers; Je le suis, je veux l'être. 0 siècles, 6 mémoire, Conservez à jamais ma dernière victoire! Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous. 1700
Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie1:
l.Var. A vos bontés, Seigneur, j'en demanderai deux, Le supplice d'Euphorbe, et ma mort à leurs yeux. (1645-56)
2. On raconte que le grand Condé versa des larmes en entendant ee vers, et que ce pardon magnanime émut aussi três-vivement Louis XIV. Le chevalier de Rohan avoit conspiré contre l'État, et le roi refusa constamment sa grâce. Cependant, la veille du jour où le chevalier devoit être exécuté, ce prince vit représenter Cinna, et il en fut si touché, qu'il avoua depuis que, si l'on eût saisi cet