‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 227 sur 619 · PAULINE, STRATONICE · texte numérisé non relu

PAULINE, STRATONICE

PAULINE

Ya, néglige mes pleurs, cours, et te précipite 125

Au-devant de la mort que les Dieux m'ont prédite; Suis cet agent fatal de tes mauvais destins. Qui peut-être te livre aux mains des assassins.

Tu vois, ma Stratonice, en quel siècle nous sommes1 : Voilà notre pouvoir sur les esprits des hommes; 150

Voilà ce qui nous reste, et l'ordinaire effet De l'amour qu'on nous olfre, et des vœux qu'on nous fait. Tant qu'ils ne sont qu'amants, nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines9; Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour. 155

STRATONICE

Polyeucte pour vous ne manque point d'amour ;

S'il ne vous traite ici d'entière confidence,

S'il part, malgré vos pleurs, c'est un trait de prudence ;

Sans vous en affliger, présumez avec moi

Qu'il est plus à propos qu'il vous cèle pourquoi ; 140

Assurez-vous sur lui qu'il en a juste cause.

11 est bon qu'un mari nous cache quelque chose,

1. Var. Voilà, ma Stratonice, en ce siècle où nous sommes. Notre empire absolu sur les esprits des hommes. (1643-66)

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