‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 229 sur 619 · Yar. Le mien est bien étrange, et quoique Arménienne · texte numérisé non relu

Yar. Le mien est bien étrange, et quoique Arménienne

(1643-56) Yar, Quelque peu de crédit qu'entre vous il obtienne.

Fit si pompeusement dresser de vains tombeaux? 180

PAULINE

ilélasl c'étoit lai-môme, et jamais notre Rome

M'a produit plus grand cœur, ni tu plus honnête homme.

Puisque tu le connois, je ne t'en dirai rien.

Je l'aimai, Stratonice : il le méritait bien ;

Mais que sert le mérite où manque la fortune ? 185

L'un étoit grand en lui, l'autre foible et commune :

Trop invincible obstacle, et dont trop rarement

Triomphe auprès d'un père un vertueux amant I

STRATONICE

La digne occasion d'une rare constance 1

PAULINE

Dis plutôt d'une indigne et folle résistance. 190

Quelque fruit qu'une fille en puisse recueillir, Ce n'est une vertu que pour qui veut faillir.

Parmi ce grand amour que j'avois pour Sévère, J'attendois un époux de la main de mon pèret Toujours prête a le prendre; et jamais ma raison 195

N'avoua de mes yeux l'aimable trahison.

Il possédoit mon cœur, mes .désirs, ma pensée ; Je ne lui cachois point combien j'étois blessée : Nous soupirions ensemble, et pleurions nos malheurs; Hais, au lieu d'espérance, il n'avoit que des pleurs ; *00

Et malgré des soupirs si doux, si favorables, Mon père et mon devoir étoient inexorables. Enfin je quittai Rome et ce parfait amant, Pour suivre ici mon père en son gouvernement ; Et lui, désespéré, s'en alla dans l'armée 205

Chercher d'un beau trépas l'illustre renommée. Le reste, tu le sais : mon abord en ces lieux Me fit voir Polyeucte, et je plus à ses yeux ; Et comme il est ici le chef de la noblesse, Mon père fut ravi qu'il me prît pour maîtresse, 210

Et par son alliance il se crut assuré D'être plus redoutable et plus considéré : Il approuva sa flamme, et conclut Thy menée; Et moi, comme à son lit je me vis destinée, Je donnai par devoir à son affection 215

Tout ce que l'autre avoit par inclination. Si tu peux en douter, juge-le par la crainte Dont en ce triste jour tu me vois l'âme atteinte '.

i.Var. Dont encore pour lui tu me vois l'âme atteinte. •TUAT, Je crois que vous l'aimez autant qu'on peut aimer. Mais quel songe, après tout, a pu vous alarmer ? (1645-56).

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