ACTE II, SCENE I. 2C
SÉVÈRE
D'où rient que tu frémis, et que ton cœur soupire? Ne m'airoe-t-elle plus ? éclaircis-moi ce point.
M'en croirez- vous, Seigneur? ne la revoyez point1;
Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses :
Vous trouverez à Rome assez d'autres maltresses; 390
Et dans ce haut degré de puissance et d'honneur,
Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur.
SÉVÈRE
Qu'à des pensera si bas mon âme se ravale !
Que je tienne Pauline à mon sort inégale 1
Elle en a mieux usé, je la dois imiter; 595
Je n'aime mon bonheur que pour la mériter.
Voyons-la, Fabian; ton discours m'importune;
Allons mettre à ses pieds cette haute fortune :
Je l'ai dans les combats trouvée heureusement,
En cherchant une mort digne de son amant; 400
Ainsi ce rang est sien, celte faveur est sienne,
Et je n'ai rien enfin que d'elle je ne tienne.
Non, mais encore un coup ne la revoyez point.
SÉVÈRE
Ah! c'en est trop, enfin éclaircis-moi ce point;
As-tu vu des froideurs quand tu l'en as priée? 405
Je tremble à vous le dire; elle est....
8ÉVÈKB.
Quoi?
Mariée.
SÉVÈRE
Soutiens-moi, Fabian; ce coup de foudre est grand, Et frappe d'autant plus que plus il me surprend.
Seigneur, qu'est devenu ce généreux courage?
SÉVÈRE
La constance est ici d'un difficile usage : 410
De pareils déplaisirs accablent un grand cœur;
La vertu la plus mâle en perd toute vigueur ;
Et quand d'un feu si beau les âmes sont éprises,
La mort les trouble moins que de telles surprises.
Je ne suis plus à moi quand j'entends ce discours1. 415
i.Var. Me croyez-vous, Seigneur? ne la revoyez point. (1655) 2. Var. J'ai de la peine encore à croire tes discours. (1645-60)
Pauline est mariée 1
FABIAK.
Oui, depuis quinze jours, Polyeucte, un seigneur des premiers d'Arménie, Goûte de son hymen la douceur infinie.
SÉVÈRE
Je ne la puis du moins blâmer d'un mauvais, choix : Polyeucte a du nom, et sort du sang des rois. 420
Foi blés soulagements d'un malheur sans remède1 Pauline, je verrai qu'un autre vous possède!
0 ciel, qui malgré moi me renvoyez au jour, 0 sort, qui redonniez l'espoir à mon amour, Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée, Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôtée.
Voyons-la toutefois, et dans ce triste lieu Achevons de mourir en lui disant adieu; Que mon cœur, chez les morts emportant son image, De son dernier soupir puisse lui taire hommage1 1 430
Seigneur, considérez....
SÉVÈRE
Tout est considéré.
Quel désordre peut craindre un cœur désespéré? N'y consent-elle pas?
Oui, Seigneur, mais....
SÉVÈRE
N'importe.
PAB1AN.
Cette vive douleur en deviendra plus forte.
SÉVÈRE
Et ce n'est pas un mal que je veuille guérir; 4"5
Je ne veux que la voir, soupirer, et mourir.
FADIAN.
Vous vous échapperez sans doute en sa présence :
Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance;
Dans un tel entretien il suit sa passion * ,
Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation. 440
SÉVÈRE
Juge autrement de moi : mon respect dure encore; Tout violent qu'il est, mon désespoir l'adore. Quels reproches aussi peuvent m être permis?
i.Var. De son dernier soupir lui puisse faire hommage I
(1645-56 et C8) 2. Yar. Dans un tel désespoir il suit sa passion. (1643 et 48 in-4)