‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 240 sur 619 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

POLYEUGTE, NÉARQCE, PAULINE, STRATONICE

C'est trop verser de pleurs : il est temps qu'ils tarissent, Que votre douleur cesse, et vos craintes finissent; Malgré les faux avis par vos Dieux envoyés, 595

Je suis vivant, Madame, et vous me revoyez.

PAULINE

Le jour est encor long, et ce qui plus m'effraie, La moitié de l'avis se trouve déjà vraie : J'ai cru Sévère mort, et je le vois ici.

POLTEUCTE.

Je le sais ; mais enfin j'en prends peu de souci. 600

Je suis dans Mélitëne, et quel que soit Sévère,

Votre père y commande, et l'on m'y considère ;

Et je ne pense pas qu'on puisse avec raison

D'un cœur tel que le sien craindre une trahison.

On m'avoit assuré qu'il vous faisoit visite, 605

Et je venois lui rendre un honneur qu'il mérite.

PAULINE

Il vient de me quitter assez triste et confus ; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.

POLTEUCTE.

Quoi? vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage?

PAULINE

Je ferois à tous trois un trop sensible outrage. 610

J'assure mon repos, que troublent ses regards.

La vertu la plus ferme évite les hasards :

Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte;

Et pour vous en parler avec une âme ouverte,

Depuis qu'un vrai mérite a pu nous enflammer, 645

Sa présence toujours a droit de nous charmer.

Outre qu'on doit rougir de s'en laisser surprendre,

On souffre à résister, on souffre à s'en défendre;

Et bien que la vertu triomphe de ces feux,

La victoire est pénible, et le combat honteux. 620

POLTEUCTE.

O vertu trop parfaite, et devoir trop sincère, Que vous devez coûter de regrets à Sévère! Qu'aux dépens d'un beau feu vous me rendez heureux, Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux f

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