ACTE II, SCÈNE II
Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire, 510
Que j'en sais mieux le prix, et qu'il n'a point déçu
Le généreux espoir que j'en avois conçu.
Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome,
Et qui me range ici dessous les lois d'un homme,
Repousse encor si bien l'effort de tant d'appas, 515
Qu'il déchire mon âme et ne l'ébranlé pas.
C'est cette vertu même, à nos désirs cruelle,
Que vous louiez alors en blasphémant contre elle :
Plaignez-vous-en encor ; mais louez sa rigueur,
Qui triomphe à la fois de vous et de mon cœur; 520
Et voyez qu'un devoir moins ferme et moins sincère1
N'auroit pas mérité l'amour du grand Sévère.
SÉVÈRE
Ah ! Madame, excusez une aveugle douleur *,
Qui ne connoît plus rien que l'excès du malheur :
Je nommois inconstance, et prenois pour un crime * 525
De ce juste devoir l'effort le plus sublime.
De grâce, montrez moins à mes sens désolés
La grandeur de ma perte et ce que vous valez ;
Et cachant par pitié cette vertu si rare,
Qui redouble mes feux lorsqu'elle nous sépare, 550
Faites voir des défauts qui puissent à leur tour
Affaiblir ma douleur avecque mon amour
PAULINE
Hélas 1 cette vertu, quoique enfin invincible,
Ne laisse que trop voir une âme trop sensible.
Ces pleurs en sont témoins, et ces lâches soupirs 535
Qu'arrachent de nos feux les cruels souvenirs :
Trop rigoureux effets d'une aimable présence
Contre qui mon devoir a trop peu de défense 1
Mais si vous estimez ce vertueux devoir,
Conservez-m'en la gloire, et cessez de me voir. 540
Épargnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte ,
Épargnez-moi des feux qu'à regret je surmonte;
Enfin épargnez-moi ces tristes entretiens,
Qui ne font qu'irriter vos tourments et les miens.
FÉVÈRE.
Que je me prive ainsi du seul bien qui me reste 1 545
i.Var. De plus bas sentiments n'auroient pas méritée Cette parfaite amour que vous m'avez portée. (1643 et 48 in-4°) Var. De plus bas sentiments d'une ardeur moins discrète N'auroient pas mérité cette amour si parfaite. (1648 in-12-56)