‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 239 sur 619 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire, 510

Que j'en sais mieux le prix, et qu'il n'a point déçu

Le généreux espoir que j'en avois conçu.

Mais ce même devoir qui le vainquit dans Rome,

Et qui me range ici dessous les lois d'un homme,

Repousse encor si bien l'effort de tant d'appas, 515

Qu'il déchire mon âme et ne l'ébranlé pas.

C'est cette vertu même, à nos désirs cruelle,

Que vous louiez alors en blasphémant contre elle :

Plaignez-vous-en encor ; mais louez sa rigueur,

Qui triomphe à la fois de vous et de mon cœur; 520

Et voyez qu'un devoir moins ferme et moins sincère1

N'auroit pas mérité l'amour du grand Sévère.

SÉVÈRE

Ah ! Madame, excusez une aveugle douleur *,

Qui ne connoît plus rien que l'excès du malheur :

Je nommois inconstance, et prenois pour un crime * 525

De ce juste devoir l'effort le plus sublime.

De grâce, montrez moins à mes sens désolés

La grandeur de ma perte et ce que vous valez ;

Et cachant par pitié cette vertu si rare,

Qui redouble mes feux lorsqu'elle nous sépare, 550

Faites voir des défauts qui puissent à leur tour

Affaiblir ma douleur avecque mon amour

PAULINE

Hélas 1 cette vertu, quoique enfin invincible,

Ne laisse que trop voir une âme trop sensible.

Ces pleurs en sont témoins, et ces lâches soupirs 535

Qu'arrachent de nos feux les cruels souvenirs :

Trop rigoureux effets d'une aimable présence

Contre qui mon devoir a trop peu de défense 1

Mais si vous estimez ce vertueux devoir,

Conservez-m'en la gloire, et cessez de me voir. 540

Épargnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte ,

Épargnez-moi des feux qu'à regret je surmonte;

Enfin épargnez-moi ces tristes entretiens,

Qui ne font qu'irriter vos tourments et les miens.

FÉVÈRE.

Que je me prive ainsi du seul bien qui me reste 1 545

i.Var. De plus bas sentiments n'auroient pas méritée Cette parfaite amour que vous m'avez portée. (1643 et 48 in-4°) Var. De plus bas sentiments d'une ardeur moins discrète N'auroient pas mérité cette amour si parfaite. (1648 in-12-56)

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