FÉLIX, ALBIN
FÉLIX
Je me fais violence, Albin ; mais je l'ai dû : 1685
Ma bonté naturelle aisément m'eût perdu.
Que la rage du peuple à présent se déploie *,
Que Sévère en fureur tonne, éclate, foudroie,
M'étant fait cet effort, j'ai fait ma sûreté.
Hais n'es-tu point surpris de cette dureté? 1690
Vois-tu comme le sien des cœurs impénétrables,
Ou des impiétés à ce point exécrables ?
Du moins l'ai satisfait mon esprit affligé1 :
Pour amoliir son cœur je n'ai rien négligé ;
J'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes ; 1695
Et certes sans l'horreur de ses derniers blasphèmes,
Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi,
J'aurois eu de la peine à triompher de moi.
ALBIN
Vous maudirez peut-être un jour cette victoire,
Qui tient je ne sais ouoi d'une action trop noire, 1 700
Indigne de Félix, indigne d'un Romain,
Répandant votre sang par votre propre main
FEUX
Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie ;
Mais leur gloire en a crû, loin d'en être affoiblie s ;
Et quand nos vieux héros avoient de mauvais sang, 1705
Ils eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc.
ALBIN
Votre ardeur tous séduit ; mais quoi qu'elle vous die,
Quand vous la sentirez une fois refroidie.
Quand vous verrez Pauline, et que son désespoir
Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir4... 1710
FÉLIX
Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traître,
1. Var. Que la rage d'un peuple à présent se déploie. (1645-60} S. Var. Du moins j'ai satisfait a mon cœur affligé :
Pour amollir le sien je n'ai rien néglige. (1625-56) S. Far. Et leur gloire en a crû, loin d'en être affoiblie. Jamais nos vieux héros n'ont eu de mauvais sang, Qu'ils n'eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc.
A. Var, Par ses pleurs et ses cris pourra vous émouvoir...