ACTE V, SCÈNE III
Voyez l'aveugle erreur que vous osez défendre :
Des crimes les plus noirs vous souillez tous vos Dieux ; 1665
Vous n'en punissez point qui n'ait son maître aux deux :
La prostitution, l'adultère, l'inceste,
Le vol, l'assassinat, et tout ce qu'on déteste,
C'est l'exemple qu'à suivre offrent vos immortels.
J'ai profané leur temple, et brisé leurs autels; 1670
Je le ferois encor, si j'avois à le faire1,
Môme aux yeux de Félix, même aux yeux de Sévère,
Même aux yeux du sénat, aux yeux de l'Empereur.
FÉLIX
Enfin ma bonté cède à ma juste fureur : Adore-les, ou meurs
Je suis chrétien.
FEUX
Impie ! 1675
Adore-les, te dis-je, ou renonce à la vie.
Je suis chrétien *•
FÉLIX
Tu l'es? 0 cœur trop obstiné !
Soldats, exécutez l'ordre que j'ai donné.
PAU une.
Où le conduisez-vous?
PEUX
A la mort.
A la gloire.
Chère Pauline, adieu : conservez ma mémoire. 1680
PAULINE
Je te suivrai partout, et mourrai si tu meurs 5.
Ne suivez point mes pas, ou quittez vos erreurs.
FÉLIX
Qu'on l'ôte de mes yeux, et que l'on m'obéisse : Puisqu'il aime à périr, je consens qu'il périsse. i . « Ce vers est dans U Cid (vers 878), et est à sa place dan. les
dTf^ôtZ°e^ise'krétient deux fois répété, égale les plus beaux mots d'Horace. Corneille, qui se connoissoit si bien en sublime, a senti que l'amour pour la religion pouvoit s'élever au dernier degré I d'enthousiasme, puisque le chrStien. aime Dieu comme la souveraine beauté, et le ciel comme sa patrie. » (*• Château-
tfvar. Je te suivrai partout et mêmes au trépas.
pou Sorte* de votre erreur, ou ne me suivez pas. (16i3-5t>)