EXAMEN DE POLYEUCTE
ne prend pas des mesures plus justes avec Charmion; elle lui conte la passion de César pour elle, et comme
Chaque jour ses courriers Lui portent en tribut ses vœux et set lauriers*.
Cependant, comme il ne paroit personne avec qui elle aye plus d'ouverture de cœur qu'avec cette Charmion, il y a grande apparence que c'étoit elle-même dont cette reine seservoit pour introduire ces courriers, et qu'ainsi elle devoit savoir déjà tout ce commerce entre César et sa maîtresse. Du moins il falloit marquer quelque raison qui lui eût laissé ignorer* jusque-là tout ce qu'elle lui apprend, et de quel autre ministère cette princesse s'étoit servie pour recevoir ces courriers. Il n'en va pas de même ici. Pauline ne s'ouvre avec Stratonice que pour lui faire entendre le songe qui la trouble, et les sujets qu'elle a de s'en alarmer ; et comme elle n'a l'ait ce songe que la nuit d'auparavant, et qu'elle ne lui eût jamais révélé son secret sans cette occasion qui l'y oblige, on peut dire qu'elle n'a point eu lieu de lui faire cette confidence plus tôt qu'elle ne l'a faite3.
Je n'ai point fait de narration de la mort de Polyeucte, parce que je n'avois personne pour la faire ni pour l'écouter, que des païens qui ne la pouvoient ni écouter ni faire, que comme ils avoientfait et écouté celle de Néarque, ce qui auroit été une répétition et marque de stérilité, et en outre n'auroit pas répondu à la dignité de l'action principale, qui est terminée par là. Ainsi j'ai mieux aimé la faire connoltre par un saint emportement de Pauline *, que cette mort a convertie, que par un récit qui n'eût point eu degrûce dans une bouche indigrne de le prononcer •.Félix, son père, se convertit après elle ; et ces deux conversions, quoique miraculeuses, sont si ordinaires dans les martyres, qu'elles ne sortent point de la vraisemblance, parce qu'elles ne sont pas de ces événements rares et singuliers qu'on ne peut tirer en exemple ; et elles servent à remettre le calme dans les esprits de Félix, de Sévère et de Pauline, que sans cela j'aurois eu bien de la peine à retirer du théâtre dans un état qui rendit la pièc* complète, en ne laissant rien à souhaiter à la curiosité de l'auditeur.
1. Voyez la mort de Pompée, acte II, scène i, vers 391 et 591. S Va», (èdit. de 1660 et de 1665) : qui l'eût laissée ignorer. 5. Vir. (édit de 1660-1664): plus tôt qu'elle ne la fuit. ». Voyez acte V, scène v.