‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 304 sur 619 · NÉRON, JUNIE · texte numérisé non relu

NÉRON, JUNIE

NÉRON

Vous vous troublez, Madame, et changez de visage. Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage ?

JUNIE

Seigneur, je ne puis vous déguiser mon erreur :

rauois voir Octavie, et non pas l'Empereur. 530

NÉRON

Je le sais bien, Madame, et n'ai pu sans envie Apprendre vos bontés pour l'heureuse Octavie.

JUNIE

Vous, Seigneur?

NÉRON

Pensez-vous, Madame, qu'en ces lieux Seule pour vous connoitre Octavie ait des yeux?

JUNIE

Et quel autre. Seigneur, voulez-vous que j'implore? 535 A qui demanderai -je un crime que j'ignore? Vous qui le punissez, vons ne 1 ignorez pas.

De grâce, apprenez-moi, Seigneur, mes attentat*

Quoi? Madame, est-ce donc une légère offense De m'avoir si longtemps caché votre présence? 540

Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir, Les avez -vous reçus pour les ensevelir? L'heureux Britannicus verra-t-il sans alarmes Croître, loin de nos yeux, son amour et vos charmes? Pourquoi, de cette gloire exclus Jusqu'à ce jour, 545

M'avez-vous, sans pitié, relégué dans ma cour? On dit plus : vous suùfïrez sans en être offensée, Qu'il vous ose, Madame, expliquer sa pensée. Car je ne croirai point que sans me consulter La sévère Junie ait voulu le flatter, 550

Ni qu'elle ait consenti d'aimer et d'être aimée, Sans que j'en sois instruit que par la renommée.

maiE.

Je ne vous nlrai point. Seigneur, que ses soupirs M'ont daigné quelquefois expliquer ses désira. Il n'a point détourné ses regards d'une fille 555

Seul reste du débris d'une illustre famille. Peut-être il se souvient qu'en un temps plus heureux Son père me nomma pour l'objet de ses vœux. Il m'aime ; il obéit a l'Empereur son père, Et j'ose dire encore à vous, à votre mère. 560

Vos désirs sont toujours ai conformes aux siens. • . .

NÉRON

Ma mère a ses desseins, Madame, et j'ai les miens.

Ne parlons plus ici de Claude et d'Agrippine :

Ce n'est point car leur choix que je me détermine.

C'est à moi seul, Madame, à répondre de vous; 565

Et je veux de ma main vous choisir un époux,

JUKI*.

Ah ! Seigneur, songez-vous que toute autre alliance Fera honte aux Césars, auteurs de ma naissance?

NÉRON

Non, Madame, l'époux dont je vous entretiens

Peut sans honte assembler vos aïeux et les siens : 570

Vous pouvez, sans rougir, consentir à sa flamme.

jvnii .

Et quel est donc, Seigneur, cet époux?

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