‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 305 sur 619 · ACTE II, SCÈNE III. 547 I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. 547 I

nimon.

Je vous nommerais, Madame, un autre nom, Si j'en savois quelque autre au-dessus de Héron. Oui, pour tous faire un choix où tous puissiez souscrire, 575 J'ai parcouru des yeux la cour, Rome et l'Empire. Plus j'ai cherché, Madame, et plus je cherche encor En quelles mains je dois confier ce trésor, Plus je vois que César, digne seul de vous plaire, En doit être lui seul l'heureux dépositaire, 580

Et ne peut dignement vous confier qu'aux mains A qui Rome a commis l'empire des humains. Vous-même, consultai vos premières années. Claudius à son fils les avoit destinées; Mais c'étoit en un temps où de l'Empire entier 585

Il croyoit quelque jour le nommer l'héritier. Les Dieux ont prononcé. Loin de leur contredire, C'est à vous de passer du côté de l'Empire. En vain de ce présent ils m'auroient honoré, Si votre cœur devoit en être séparé ; 590

Si tant de soins ne sont adoucis par vos charmes $ Si tandis que je donne aux veilles, aux alarmes Des jours toujours à plaindre et toujours enviés, Je ne vais quelquefois respirer à vos pieds. Qu'Octavie a vos yeux ne fasse point d'ombrage . 505

Rome, aussi bien que moi, vous donne son suffrage, Répudie Octavie, et me fait dénouer Un hymen que le ciel ne veut point avouer. Songez-y donc, Madame, et pesez en vous-même Ce choix digne des soins d'un prince qui vous aime, 600 Digne de vos beaux yeux trop longtemps captivés 4, Digne de l'univers à qui vous vous devez*

nnni.

Seigneur1, avec raison je demeure étonnée. Je me vois, dans le cours dune même journée, Comme une criminelle amenée en ces lieux ; 605

Et lorsque avec frayeur je parois à vos yeux, Que sur mon innocence à peine je me ne, Vous m'offrez tout d'un coup la place d'Octavie. J'ose dire pourtant que je nai mérité Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. 610

Et pouvez-vous, Seigneur, souhaiter qu'une fille Qui vit presque en naissant éteindre sa famille,

i. Captivé$f c'est-à-dire tenus captifs, tenus dans l'ombre. Un peu plus loin, au vers 716, Qu'on le captive a un sens analogue : qu'on te tienne captif, qu'on lui ôte sa liberté.

2. Var. Digne de l'univers à qui vous les devez. (1670 et 76) ^

348 BRITÀNMCUS.

Qui, dans l'obscurité nourrissant sa douleur,

«S'est fait une vertu conforme à son malheur,

Passe subitement de cette aiuit profonde 615

Dans un rang qui l'expose aux yeux de tout le monde,

Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté,

Et dont une autre enûn remplit la majesté?

heboh, Je tous ai déjà dit que je la répudie. Ayez moins de frayeur, ou moins de modestie. 620

N accusez point ici mon choix d'aveuglement ; Je vous réponds de vous : consentez seulement. JDu sang dont vous sortez rappelez la mémoire ; Et ne préférez point à la solide gloire Des honneurs dont César prétend vous revêtir, 625

La gloire d'un refus, sujet au repentir.

JUNIE

Le ciel connoît, Seigneur, le fond de ma pensée.

Je ne me flatte point d'une gloire insensée :

Je sais de vos présents mesurer la grandeur;

Mais plus ce rang sur moi répandroit de splendeur, 630

Plus il me feroit honte, et mettroit en lumière1

Le crime d'en avoir dépouillé l'héritière.

NÉRON

C'est de ses intérêts prendre beaucoup de soin,

Madame ; et l'amitié ne peut aller plus loin.

Mais ne nous flattons point, et laissons le mystère. 635

La sœur vous touche ici beaucoup moins que le frère

Et pour Britannicus. ...

JUNIE

Il a su me toucher, Seigneur ; et je n'ai point prétendu m'en cacher. Cette sincérité sans doute est peu discrète; Mais toujours de mon cœur ma bouche est l'interprète. 640 Absente de la cour, je n'ai pas dû penser, Seigneur, qu'en l'art de feindre il fallût m'exercer J'aime Britannicus. Je lui fus destinée Quand l'Empire devoit suivre son hyraénée *. Mais ces mêmes malheurs qui l'en ont écarté, 645

Ses honneurs abolis, son palais déserté,

4. C'est la belle pensée ae Juvenal et presque la figure par laquelle il l'exprime :

Incipit ipsorum contra te star e par entum Nobilitas, claramque facem praererre pudendis.

(Satire Vlll, vers 138.)

5. Var. Quand l'Empire sembloit suivre son hyraénée. (1670 et 76)

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