ACTE II, SCÈNE III
La fuite d'une cour que sa chute a bannie.
Sont autant de liens qui retiennent Junie.
Tout ce que vous voyez conspire à vos désirs ;
Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs; 650
L'Empire en est pour vous l'inépuisable source;
Ou si quelque chagrin en interrompt la course,
Tout l'univers, soigneux de les entretenir,
S'empresse à l'effacer de votre souvenir.
Britannicus est seul. Quelque ennui qui le presse, 655
Il ne voit dans son sort que moi qui s'intéresse,
Et n'a pour tous plaisirs, Seigneur, que quelques pleurs
Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs.
NÉRON
Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie, Que tout autre que lui me pairoit de sa vie. 660
Mais je garde à ce prince un traitement plus doux. Madame, il va bientôt paroître devant vous.
JUNIE
Ah 1 Seigneur, vos vertus m'ont toujours rassurée.
NÉRON
Je pouvois de ces lieux lui défendre l'entrée ;
Mais, Madame, je veux prévenir le danger 665
Où son ressentiment le pourroit engager.
Je ne veux point le perdre. Il vaut mieux que lui-même
Entende son arrêt de la bouche qu'il aime.
Si ses jours vous sont chers, éloignez-le de vous,
Sans qu'il ait aucun lieu de me croire jaloux. 670
De son bannissement prenez sur vous l'offense ;
Et soit par vos discours, soit par votre silence,
Du moins par vos froideurs, faites-lui concevoir
Qu'il doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.
JUNIE
Moi ! que je lui prononce un arrêt si sévère ! 675
Ma bouche mille fois lui jura le contraire. Quand même jusque- là je pourrois me trahir. Mes yeux lui défendront, Seigneur, de m'obéir.
NÉRON
Caché près de ces lieux, je vous verrai, Madame.
Renfermez votre amour dans le fond de votre âme. 680
Vous n'aurez point pour moi de langages secrets :
J'entendrai des regards que vous croirez muets;
Et sa perte sera l'infaillible salaire
D'un geste ou d'un soupir échappé pour lui plaire.
JUNIE
Hélas ! si j'ose encore former quelques souhaits, 685
Seigneur, permettez-moi de ne le voir jamais.
3»0 BMTÀNMCIJS.