‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 314 sur 619 · AGR1PPINE, BURRHUS, ALBIN E · texte numérisé non relu

AGR1PPINE, BURRHUS, ALBIN E

AGRIPPINE

Hé bien ! je me trompois, Burrhus, dans mes soupçons

Et vous vous signalez par d'illustres leçons 1 810

On exile Pallas, dont le crime peut-être

Est d'avoir à l'Empire élevé votre maître.

Vous le savez trop bien. Jamais sans ses avis

Claude, qu'il gouvernoit, .n'eût adopté mon fils.

Que dis-je? A son épouse on donne une rivale; 815

On affranchit Néron de la foi conjugale.

Digne emploi d'un ministre, ennemi des flatteurs,

Choisi pour mettre un frein à ses jeunes ardeurs,

De les flatter lui-même, et nourrir dans son âme

Le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme! 820

BURRHUS

Madame, jusqu'ici c'est trop tôt m'accuser.

L'Empereur n'a rien fait qu'on ne puisse excuser.

N'imputez qu'à Pallas un exil nécessaire :

Son orgueil dès longtemps exigeoit ce salaire;

Et l'Empereur ne fait qu'accomplir à regret 825

Ce que toute la cour demandoit en secret.

Le reste est un malheur qui n'est point sans ressource :

Des larmes d'Octavie on peut tarir la source.

Mais calmez vos transports. Par un chemin plus doux,

Vous lui pourrez plutôt ramener son époux : 850

Les menaces, les cris le rendront plus farouche.

AGRIPPINE

Ah! l'on s'efforce en vain de me fermer la bouche.

Je vois que mon silence irrite vos dédains;

Et c'est trop respecter l'ouvrage de mes mains.

Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine : 835

Le ciel m'en laisse assez pour venger ma ruine

Le fils de Claudius commence à ressentir

Des crimes dont je n'ai que le seul repentir.

J'irai, n'en doutez point, le montrer à l'armée,

Plaindre aux yeux des soldats son enfance opprimée» 840

Leur faire, à mon exemple, expier leur erreur.

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