SCÈNE V
BRITANNICUS, AGRIPPINE, NARCISSE, ALB1NE j
BfUTAmnccs.
Nos ennemis communs ne sont pas invincibles, 895
Madame : nos malheurs trouvent des cœurs sensibles. Vos amis et les miens, jusqu'alors si secrets, Tandis que nous perdions le temps en vains regrets, Animés du courroux qu'allume l'injustice, Viennent de confier leur douleur à Narcisse* 900
Néron n'est pas encor tranquille possesseur De l'ingrate qu'il aime au mépris de ma sœur. Si vous êtes toujours sensible à son injure, On peut dans son devoir ramener le parjure. La moitié du sénat s'intéresse pour nous : 905
Sylla, Pison, Plautus1...
AOlUPMNE.
Prince, que dites-vous ?
Sylla» Pison, Plautus ! les chefs de la noblesse 1
BRlTAirmcus.
Madame, je vois bien que ce discours vous blesse, Et que votre courroux, tremblant, irrésolu» Craint déjà d'obtenir tout ce qu'il a voulu. 910
Non, vous avez trop bien établi ma disgrâce : D'aucun ami pour moi ne redoute* l'audace. Il nam'en reste plus; et vos soins trop prudents Les ont tous écartés ou séduits dés longtemps.
AfiftlPPUtÈ. t
Seigneur, à vos soupçons donne* moins de créance : 915
Notre salut dépend de notre Intelligence.
J'ai promis, il suffît. Malgré vos ennemis,
Je ne révoque rien de ce que j'ai promis.
Le coupable Néron fuit en vain ma colère :
Tôt ou tard il faudra qu'il entende sft mère. 920
J'essairai tour à tour la force et la douceur;
Ou moi-même, avec moi conduisant votre sœur,
1. Néron fit tuer Cornélius Sylla et ftubelltas Plautus Après la chute de Sénéque. Il redoutait le premier comme tendre de Claude, le second comme descendant d'Auguste par les femmes au même degré que lui-même. C. Pison fut lé chef de la grand* conjurai)** formée contre Néron vers la fin de son régne* Voyes les AnnaUk dé Tacite, livre XIU, chapitre xxiu et uxj livre XIV, chapitra lvii} et livre IV, chapitres XLvm-ux.
J'irai semer partout ma crainte et ses alarmes,
Et ranger tous les cœurs du parti de ses larmes.
Adieu. J'assiégerai Néron de toutes parts. 925
Vous, si vous m'en croyez, évitez ses regards,