SCÈNE IV
AGR1PPINE, ALBINE
ALBINE
Dans quel emportement la douleur vous engage, Madame! L'Empereur puisse-t-il l'ignorer 1
AGRIPPIÏfE.
Ah! lui-même à mes yeux puisse-t-il se montrer 1
ALBIXE.
Madame, au nom des Dieux, cachez votre colère. 875
Quoi? pour les intérêts de la sœur ou du frère. Faut-il sacrifier le repos de vos jours? Gontraindrez-vous César jusque dans ses amours?
AGRIPPINE
Quoi? tu ne vois donc pas jusqu'où Ton me ravale,
Albine? C'est à moi qu'on donne une rivale. 880
Bientôt, si je ne romps ce funeste lien,
Ma place est occupée, et je ne suis plus rien
Jusqu'ici d'un vain titre Octavie honorée,
Inutile à la cour, en étoit ignorée.
Les grâces, les honneurs par moi seule versés
M'attiroient des mortels les vœux intéressés. 885
Une autre de César a surpris la tendresse :
Elle aura le pouvoir d'épouse et de maîtresse.
Le fruit de tant de soins, la pompe des Césars,
Tout deviendra le prix d'un seul de ses regards. 890
Que dis-je? l'on m'évite, et déjà délaissée...
Ah ! je ne puis, Albine, en souffrir la pensée.
Quand je devrais du ciel hâter l'arrêt ratai *,
Néron, l'ingrat Néron... Mais voici son rival.
1. Var. Sa vit exclus d*on rang vainement prétendu. H670 et 76)
2. Des Chaldéens avaient annoncé à Agrippine que Néron seroit empereur, mais qu'il tuerait sa mère. « Hune sui ftnera jnultos anteannos crediderat Agrippina contempseratque; nam consulenti •uper Nerone responderunt Chaldœi fore ut imperaret, matreraque oedderet: atqne illa : «Occidat, inquit, dum Imperet.» (Tacite, Annal*, livre XIV, chapitre et J