SCÈNE VII
BRITANMCUS, JUNIE
JUlfIB.
Retirez-vous, Seigneur, et fuyez un courroux
Que ma persévérance allume contre vous.
Néron est irrité. Je me suis échappée,
Tandis qu'à l'arrêter sa mère est occupée. 960
Adieu : réservez-vous, sans blesser mon amour,
Au plaisir de me voir justifier un jour.
Votre image sans cesse est présente à mon âme ;
Rien ne l^n peut bannir.
Je vous entends, Madame .
Vous voulez que ma fuite assure vos désirs, 965
Que je laisse un champ libre à vos nouveaux soupirs. Sans doute, en me voyant, une pudeur secrète Ne vous laisse goûter qu'une joie inquiète. Hé bien ! il faut partir.
JUNIE
Seigneur, sans m'imputer. . • .
i.Yar. Pour exciter César par la gloire pénible. (1670 et 76) 2. Racine a éloquemment développé l'idée de cette gloire à la un de la première scène du second acte de Phèdre.
Ah! vous deviez du moins plus longtemps disputer 070
Je ne murmure point qu'une amitié commune
Se range du parti que flatte la fortune,
Que l'éclat d'un empire ait pu vous éblouir.
Qu'aux dépens de ma sœur vous en vouliez jouir;
Mais que, de ces grandeurs comme une autre occapée, 975
Vous m'en ayez paru si longtemps détrompée :
Non, je l'avoue encor, mon cœur désespéré
Contre ce seul malheur n'étoit point préparé.
J'ai vu sur ma ruine élever l'injustice;
De mes persécuteurs j'ai vu le ciel complice. 980
Tant d'horreurs n'avoient point épuisé son courroux,
Madame : il me restoit d'être oublié de vous.
JUÏUB.
Dans un temps plus heureux ma juste impatience
Vous feroit repentir de votre défiance.
Mais Néron vous menace : en ce pressant danger, 985
Seigneur, j'ai d'autres soins que de vous affliger.
Allez, rassurez-vous, et cessez de vous plaindre :
Néron nous écoutoit, et m'ordonnoit de feindre.
Quoi? le cruel. ..
juiriE.
Témoin de tout notre entretien, D'un visage sévère examinoit le mien, 990
Prêt à faire sur vous éclater la vengeance D'un geste confident de notre intelligence.
Néron nous écoutoit, Madame ! Mais, hélas ? Vos yeux auraient pu feindre, et ne nïabuser pas. Ils pouvoient me nommer l'auteur de cet outrage. L'amour est-il muet, ou n'a-t-il qu'un langage? De quel trouble un regard pouvoit me préserver I Il falloit. ..
JUNIE
Il falloit me taire et vous sauver.
Combien de fois, hélas ! puisqu'il faut vous le dire, Mon cœur de son désordre alloit-il vous instruire I 4000
De combien de soupirs interrompant le cours, Ai-je évité vos yeux que je cherchois toujours 1 Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime I De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même, Lorsque par un regard on peut le consoler ï 1095
Mais quels pleurs ce regard auroiU-il fait couler f Ah 1 dans ce souvenir, inquiète, troublée,