SCÈNE II
«tGfilPPlNE, NÉRON
AOBIPPINX.
Approchex-vous, Néron, et prenez votre place *. 1115
1. Var. Vous le voyez, c'est lui que la cour envisage. (1670) î. On peut rapprocher ce discours d'Agrippine a Néron de celui que Qéopatre, dans Rodogunê (acte II, scène m) adresse à ses fils « pour leur remettre devant les yeux, comme dit Corneille lui-même dans VSaamên de cette tragédie, combien Us lui ont d'obligation. »
On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse. J'ignore de quel crime on a pu me noircir : De tous ceux que j'ai faits je vais vous éclaircir.
Vous régnez. Vous savez combien votre naissance Entre l'Empire et vous avoit mis de distance. 1120
Les droits de mes aïeux, que Rome a consacrés, Etoient même, sans moi, d'inutiles degrés. Quand de Britannicus la mère condamnée ft Laissa de Glaudius disputer l'hyménée, Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix, 1125
Qui de ses affranchis mendièrent les voix, Je souhaitai son lit, dans la seule pensée De vous laisser au trône où je serois placée. Je fléchis mon orgueil, j'allai prier Pallas. Son maître, chaque jour caressé dans mes bras, 1130
Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulois amener sa tendresse. Mais ce lien du sang qui nous joignoit tous deux Écartoit Glaudius d'un lit incestueux.
Il ft'osoit épouser la fille de son frère. 1135
Le sénat fut séduit : une loi moins sévère Mit Claude dans mon lit, et Rome à mes genoux. G'étoit beaucoup pour moi, ce n'étoit rien pour vous. Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille : Je vous nommai son gendre, et vous donnai sa fille. 1140 Silanus, qui l'aimoit, s'en vit abandonné, Et marqua de son sang ce jour infortuné *. Ce n'étoit rien encore. Eussiez-vous pu prétendre Qu'un jour Claude à son fils dût préférer son gendre * De ce même Pallas j'implorai le secours : 1145
Claude vous adopta, vaincu par ses discours ; Vous appela Néron ; et du pouvoir suprême Voulût, avant le temps, vous faire part lui-même. C'est alors que chacun, rappelant le passé, Découvrit mon dessein, déjà trop avancé ; 1150
Que de Britannicus la disgrâce future Des amis de son père excita le murmure5. Mes promesses aux uns éblouirent les yeux ; L'exil me délivra des plus séditieux; Claude même, lassé de ma plainte éternelle, 1155