ACTE II, SCÈNE I
HTDA8PK.
Ce n'est donc pas, Seigneur, le sang amalécite Dont la voix à les perdre en secret vous excite?
AMAN
Je sais que, descendu de ce sang malheureux,
Une éternelle haine a dû m'armer contre eux;
Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage; 485
Que jusqu'aux vils troupeaux tout éprouva leur rage;
Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé '.
Mais, crois-moi, dans le rang où je suis élevé,
Mon âme, à ma grandeur toute entière attachée,
Des intérêts du sang est foiblement touchée. 490
Mardochée est coupable ; et que faut-il de plus ?
Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuérus :
J'inventai des couleurs; j'armai la calomnie;
J'intéressai sa gloire ; il trembla pour sa vie.
Je les peignis puissants, riches, séditieux ; 495
Leur dieu même ennemi de tous les autres dieux.
« Jusqu'à quand souffre-t-on que ce peuple respire,
Et d'un culte profane infecte votre empire?
Etrangers dans la Perse, à nos lois opposés1,
Du reste des humains ils semblent divisés, 500
N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes,
Et détestés partout, détestent tous les hommes 5.
Prévenez, punissez leurs insolents efforts ;
De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. »
Je dis, et l'on me crut. Le Roi, dès l'heure même, 505
Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême4 :
€ Assure, me dit-il, le repos de ton roi ;
Va, perds ces malheureux : leur déDoui lie est à toi5.»