‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 39 sur 619 · DON RODRIGUE» EL VIRE · texte numérisé non relu

DON RODRIGUE» EL VIRE

EL VIRE

Rodrigue, qu'as-tu fait? où viens-tu, misérable?

DON RODRIGUE

Suivre le triste cours démon sort déplorable.

ELVIRE. . y

Où prends-tu cette audace et ce nouvel orjmejl, /■■**.'&* r De paroître en des lieux que tu remplis de deuil ? Quoi? viens-tu jusqu'ici braver l'ombre du Comte? 745

Ne l'as- tu pas tué?

DON RODRIGUE

Sa vie étoit ma honte :

Mon honneur de ma main a voulu cet effort.

Hais chercher ton asile en la maison du mortl Jamais un meurtrier en fit-il son refuge?

DON RODRIGUE

Et je n'y viens aussi que m'offrir à mon juge *. 750

Ne me regarde plus d'un visage étonné :

Je cherche le trépas après l'avoir donné.

Mon juge est mon amour, mon juge est ma Ghimène :

Je mérite la mort de mériter sa haine,

Et j'en viens recevoir, comme un bien souverain, 755

Et l'arrêt de sa bouche, et le coup de sa main.

ELVIRE

Fuis plutôt de ses yeux, fuis de sa violence ;

A ses premiers transports dérobe ta présence :

Va, ne t'expose point aux premiers mouvements

Que poussera l'ardeur de ses ressentiments. 760

DON RODRIGUE

Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire Ne peut pour mon supplice avoir trop de colère;

1. Yar. Jamais un meurtrier s'offrit-il à son juge? (1637-56)

Page 1