‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 425 sur 619 · JOAD, ABNER · texte numérisé non relu

JOAD, ABNER

ABMER.

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel.

Je viens, selon l'usage antique et solennel,

Célébrer avec vous la fameuse journée

Ou sur le mont Sina la loi nous fut donnée.

Que les temps sont changés I Sitôt que de ce jour 5

La trompette sacrée1 annonçoit le retour.

Du temple, orné partout de festons magnifiques,

Le peuple saint en foule inondoit les portiques1;

Et tous devant l'autel avec ordre introduits, [fruits*,

De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux 10

Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices4.

Les prêtres ne pouvoient suffire aux sacrifices.

L'audace d'une femme, arrêtant ce concours,

1. « Filii autem Aaron sacerdotes clangent tubis. » (Nombres, x,8.)

2. C'est, rendue par le verbe, l'image que Virgile a exprimée par le substantif dans ce vers des Géorgiquee (livre II, vers 462) :

MêM0 MtefMfMI tutti VMlil BdUfUS fflifiHfi

S. Ver. De leur champ dus leurs mains portant lea nouveaux fruits.

(1691 et M.) A. Yoyes ci-dessus la Préface de Racine, p. 464.

470 ATIIALIB.

En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.

D'adorateurs zélés à peine un petit nombre 15

Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.

Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;

Ou même, s'empressant aux autels de Baal,

Se fait initier à ses honteux mystères,

Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères. 20

Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher,

Vous-même de l'autel vous faisant arracher,

N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes,

Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD

D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment? 25

ÀBHER.

Pensez-vous être saint et juste impunément?

Dès longtemps elle hait cette fermeté rare

Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare *.

Dès longtemps votre amour pour la religion

Est traité de révolte et de sédition. 30

Du mérite éclatant cette reine jalouse

Hait surtout Josabet, votre fidèle épouse.

Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur,

De notre dernier roi Josabet est la sœur.

Mathan d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège, 35

Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiège,

Mathan, de nos autels infâme déserteur,

Et de toute vertu zélé persécuteur.

C'est peu que, le front ceint d'une mitre étrangère,

Ce lévite à Baal prête son ministère* : 40

Ce temple l'importune, et son impiété

Voudroit anéantir le Dieu qu'il a quitté.

Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente

Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante*;

Il affecte pour vous une fausse douceur, 45

Et par là de son fiel colorant la noirceur,

Tantôt à cette reine il vous peint redoutable,

Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable,

1. «Le bonnet du prand prêtre, dit Louis Racine, est appelé dans UVulgate tantôt mitre (voyes ci -a prés le vers 59) et tantôt tiare. » S. Voyez la note 3 de la liste des personnages.

s. For. Four tous perdre il n'eit point de ressorts qu'il ne jore;

Quelquefois il tous plaint, souvent même il vous loue. (1691).

« Les amis de Racine lui représentèrent qu'on ne dit point jouer, mais faxrejouer de* reuorti. L'auteur changea ce vers dans la seconde édition, faite peu de temps après la première. » (L. Ra-

Cl If J[.)

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