‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 426 sur 619 · ACTE. I, SCENE T · texte numérisé non relu

ACTE. I, SCENE T

r Il lui fcirïl qu'en un lieu que vous seul connoisscz, Vous cachez des trésors par David amassés. 50

Enfin, depuis deux jours, la superbe Alhalie Dans un sombre chagrin paroit ensevelie. Je l'observois hier, et je voyois ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux, Comme si dans le fond de ce vaste édifice 55

Dieu cachoit un vengeur armé pour son supplice. Croyez-moi, plus j'y pense, cl moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater, Et que de Jézabel la fille sanguinaire1 Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire. 6'J'

Celui qui met un frein à la fureur dos flots

Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte,

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte1.

Cependant je rends grâce au zèle officieux 65

1. An livre IV des Rois, vin, 20, on lit qu'Alhalie était fille d'Amri, roi d'Israël; mais là fille est pour petite-fille : au verset 18 du môme chapitre, il est dit qu'elle était fille d'Achab (fils d'Amri). Jézahel, femme d'Achab, était Aile dEthbaal, roi de Sidon (livre 111 des Rots, xvi, 51).

t. m Tout ce qu'il peut y avoir de sublime paroft rassemblé dans ces quatre vers : la grandeur de la pensée, la noblesse du sentiment, la magnificence des paroles, et l'harmonie de l'expression, si heureusement terminée par ce dernier vers : Je crains Dieu, cher Abner. , etc. D'où je conclus que c'est avec très-peu de fondement que les admirateurs outrés de Corneille veulent insinuer que M. Racine lui est beaucoup inférieur pour le sublime, puisque, sans apporter ici quantité d'autres preuves que je pour rois donner du contraire, il ne me paroit pas que toute cette grandeur Je vertu romaine tant vantée, que ce premier a si bien exprimée dans plusieurs deses nièces, et qui a fait son excessive répulaiion, soit audessus de l'intrépidité plus qu'héroïque, et de la parfaite configure en Dieu de ce véritablement pieux, grand, sage et courageux Israélite. » (Boileao, Réflexions critiques, xn.)

Voltaire dit dans le Dictionnaire philosophique, à l'article Art dramatique: ■ On a imprimé avec quelque fondement que Racine avait imité dans cette pièce plusieurs endroits de la tragédie de la Liqne laite par le conseiller d'Étal Matthieu, historiographe de France sous Henri IV.. . Constance dit dans la tragédie «le Mathieu :

Je ' edoute mon Dieu, c'est lui seul que je crains »

La tragédie du Triomphe de la Ligue, que Voltaire attribue à tort à Matthieu, auteur de la Gnisiride, est de Nérée et a été imprimée en 1007. 11 cite levers de mémoire et inexactement. Le voici, tel qu'il se lit a la scène î de l'acte 11 ; nous en donnons à

47Î ATUâUE.

Qui sur tous mes périls vous lait ouvrir les yeux *

Je vois que l'injustice en secret vous irrite,

Que vous avez encor le cœur israélite.

Le ciel en soit béni ! liais ce secret courroux.

Cette oisive vertu, vous en contentei-vous? 70

La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère?

Huit ans déjà passés1, une impie étrangère1

la suite quelques autres, auxquels nous renverrons pour les ven 646-648 V Athalie:

Je ne crains que mon Dieu^ lui tout seul je redoute... Gain» n'est délaissé qui a Dieu pour son père, Il ouvre à tous la main ; il nourrit les corbeaux ; Il donne la viande (là neurriiwe) aux petits passereaux, Aux bêtes des forêts, des prés et des montagnes : Tout vit de sa bonté. Hé I rhomine qu'il a lait, De tous les animaux l'homme le plus parfait, L'homme qull a formé en sa sainte semblance, Seroit-il seul privé de sa riche abondance T

1. Boyer dans son Jephti (acte III, scène i) a dit par un plagiat maladroit :

Hé I quels noms dbnnes-voos au tèle officieux Qui veut régler le vôtre, et vous ouvrir lea yeuxT

î. L'Académie a repris ce tour, mais en avouant qu'il est vif, et peut-être préférable à la construction régulière, et en le rapprochant de ce tour semblable de Malherbe dans la Protopopéê ctOttende :

Trois ans déjà passés, théâtre de la guerre, ete.

3. La qualité d'étrangère excluait Athalie du trône. « Non poteris alterius gentil hominemregem facere. » [Deutéronome, Jjut 15.) — Aimé Martin dit au sujet de ce vers : « Ainsi, dés ta première scène, Athalie est présentée comme n'ayant aucun droit au trône de Juda. Voltaire, dans les dernières années de sa vie, a prétendu qu'A //m /te est un ouvrage de très-mauvais exemple, que Joad est un fanatique et un séditieux, qui fait égorger sa souveraine, à laquelle il a fait serment de fidélité. Mais ces points, sur lesquels il appuie sa censure, sont formellement démentis par l'histoire. Athalie n'est point la souveraine de Joad, puisqu'elle est usurpatrice et étrangère. Le légitime souverain de Juda, c'est Joas : Joad est donc le sujet de Joas seulement. En second lieu, Joad n'a fait aucun serment à Athalie, et jamais, dans la pièce, elle ne lui parle comme a son sujet, comme jamais il ne lui parle comme à sa souveraine. En lin il est impossible, selon la remarque de Laharpe, que Joad, A ne considérer même que son caractère et sa place, ait fait serment de fidélité à une étrangère impie, A qui il ne parle jamais qu'avec horreur, lui qui est le dépositaire des destinées du jeune roi depuis sa naissance, lui qui est inspiré de Dieu comme Samuel, et 1 organe des prophéties qui annoncent la perpétuité du sceptre dans la race de David. Un tel homme ne saurait être un sacrilège : cela implique contradiction; et Voltaire a non-seulement dit ce qui n était pas, mais a supposé ce qui ne peut pas être. Au reste, on peut appeler du jugement de Voltaire vieux au

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