‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 446 sur 619 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MATHAN, ATHALIE, ABNER, etc.

MATHàlf.

Grande Reine, est-ce ici votre place?

Quel trouble vous agite, et quel effroi vous glace? 460

Parmi vos ennemis que venez-vous chercher ? De ce temple profane osez- vous approcher ? Avez- vous dépouillé cette haine si vive?...

ATHALIR.

Prêtez-moi l'un et l'autre une oreille attentive.

Je ne veux point ici rappeler le passé, 4C5

Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé. Ce que j'ai fait, Abner, j'ai cru le devoir faire. Je ne prends point pour juge un peuple téméraire. Quoi que son insolence ait osé publier, Le Ciel même a pris soin de me justifier. 470

Sur d'éclatants succès ma puissance établie

1. Et non fille, leçon fautive de quelques éditions modernes.

2. « Haec aicit Dominus Deus : « Omms alienigena incircumeisus « corde, et incircumeisus carne, non ingredietur sanctuariura « meum, ornais fllius alienus qui est in inedio ûliorum Israël. • (Éiéchiel, xuv, 9.)

488 À.THÀL1E.

À. fait jusqu'aux deux mers â respecter Àthalie.

Par moi Jérusalem goûte un calme profond.

le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond,

Ni l'altier Philistin, par d'éternels ravages, 475

Gomme au temps de vos rois, désoler ses rivages ;

Le Syrien * me traite et de reine et de sœur.

Enfin de ma maison le perfide oppresseur,

Qui devoit jusqu'à moi pousser sa barbarie,

Jéhu, le fier Jéhu, tremble dans Samarie. 480

De toutes parts pressé par un puissant voisin,

Que j'ai su soulever contre cet assassin,

11 me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.

Je iouissois en paix du fruit de ma sagesse ;

Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours, 48£

De mes prospérités interrompre le cours.

Un songe (me devrois-je inquiéter d'un songe?)

Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge.

Je l'évite partout, partout il me poursuit.

G'étoit pendant l'horreur d'une profonde nuit. 490

Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée, Gomme au jour de sa mort pompeusement parée. Ses malheurs n'avoient point abattu sa fierté ; Même elle avoit encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage *, 495 Pour réparer des ans l'irréparable outrage. c Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi. Le cruel dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi. Je te plains de tomber dans ses mains redoutables, Ma fia* En achevant ces mots épouvantables, 500

Son ombre vers mon lit a paru se baisser ; Et moi, je lui tendois les mains pour l'embrasser. Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chair meurtris, et traînés dans la fanpe, Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux 505 Que des chiens dévorants se disputoient entre eux *.

ABlfER.

Grand Dieu I

ATHALIE

Dans ce désordre à mes yeux se présente

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