ACTE III, SCENE III
Mes brigues, mes combats, mes pleurs, mon désespoir? 950
Vaincu par lui, j'entrai dans une autre carrière,
Et mon âme à la cour s'attacha toute entière.
J'approchai par degrés de l'oreille des roist
Et bientôt en oracle on érigea ma voix.
J'étudiai leur cœur, je flattai leurs caprices, 955
Je leur semai de fleurs le bord des précipices.
Près de leurs passions rien ne me fut sacré :
De mesure et de poids je changeois à leur gré.
Autant que de Joad l'inflexible rudesse
De leur superbe oreille offensoit la mollesse, 940
Autant je les charmois par ma dextérité,
Dérobant à leurs yeux la triste vérité,
Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables,
Et prodigue surtout du sang des misérables.
Enfin au Dieu nouveau qu'elle avoit introduit, 945
Par les mains d'Athalie un temple fut construit. Jérusalem ploura de se voir profanée ; Des enfants de Lévi la troupe consternée
Treux.
,„ treorise.
Et par là de Baal méritai la prêtrise.
Par là je me rendis terrible à mon rival.
Je ceignis la tiare, et marchai * son égal.
Toutefois, je l'avoue, en ce comble de gloire, 955
Du Dieu que j'ai quitté l'importune mémoire
Jette encore en mon âme un reste de terreur ;
Et c'est ce qui redouble et nourrit ma fureur.
Heureux si sur son temple achevant ma vengeance,
Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance, 960
Et parmi le débris, le ravage et les morts,
A force d'attentats perdre tous mes remords!
Mais voici Josabet.