‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 463 sur 619 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Mes brigues, mes combats, mes pleurs, mon désespoir? 950

Vaincu par lui, j'entrai dans une autre carrière,

Et mon âme à la cour s'attacha toute entière.

J'approchai par degrés de l'oreille des roist

Et bientôt en oracle on érigea ma voix.

J'étudiai leur cœur, je flattai leurs caprices, 955

Je leur semai de fleurs le bord des précipices.

Près de leurs passions rien ne me fut sacré :

De mesure et de poids je changeois à leur gré.

Autant que de Joad l'inflexible rudesse

De leur superbe oreille offensoit la mollesse, 940

Autant je les charmois par ma dextérité,

Dérobant à leurs yeux la triste vérité,

Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables,

Et prodigue surtout du sang des misérables.

Enfin au Dieu nouveau qu'elle avoit introduit, 945

Par les mains d'Athalie un temple fut construit. Jérusalem ploura de se voir profanée ; Des enfants de Lévi la troupe consternée

Treux.

,„ treorise.

Et par là de Baal méritai la prêtrise.

Par là je me rendis terrible à mon rival.

Je ceignis la tiare, et marchai * son égal.

Toutefois, je l'avoue, en ce comble de gloire, 955

Du Dieu que j'ai quitté l'importune mémoire

Jette encore en mon âme un reste de terreur ;

Et c'est ce qui redouble et nourrit ma fureur.

Heureux si sur son temple achevant ma vengeance,

Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance, 960

Et parmi le débris, le ravage et les morts,

A force d'attentats perdre tous mes remords!

Mais voici Josabet.

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