‹ Théâtre classique, contenant le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte, de P. Corneille; Britannicus, Esther, Athalie, de J. Racine; Mérope, de Voltaire; le Misanthrope, de MolièreChapitre 47 sur 619 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

DON RODRIGUE

Ma Chimène...

CHIUÈNE.

Ote-moi cet objet odieux, Qui reproche ton crime et ta vie à mes yeux. 800

DON RODRIGUE

Regarde-le plutôt pour exciter ta haine, Pour croître ta colère, et pour hâter ma peine.

CHIMÈNE

Il est teint de mon sang.

DON RODRIGUE

Plonge-le dans le mien, Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien.

chimène.

Ah 1 quelle cruauté, qui tout en un jour tue 865

Le père par le fer, la fille par la vue ! Ote-moi cet objet, je ne le puis souffrir : Tu veux que je t'écoute, et tu me fais mourir !

DON RODRIGUE

Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l'envie

De finir par tes mains ma déplorable vie ; 870

Car enfin n'attends pas de mon affection

Un lâche repentir d'une bonne action.

L'irréparable effet d'une chaleur trop prompte1

Déshonoroit mon père, et me couvroit de home.

Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur; 875

J'avois part à l'affront, j'en ai cherché l'auteur :

Je l'ai vu, j'ai vengé mon honneur et mon père;

Je le ferois encor, si j'avois à le faire.

Ce n'est pas qu'en effet contre mon père et moi

Ma flamme assez longtemps n'ait combattu pour toi ; 881)

Juge de son pouvoir : dans une telle offense

J'ai pu délibérer si j'en prendrois vengeance *.

Réduit à te déplaire, ou souffrir un affront,

J'ai pensé qu'à son tour mon brasétoit trop prompt5;

Je me suis accusé de trop de violence ; KS5

Et ta beauté sans doute emportoit la balance,

A moins que d'opposer à tes plus forts appas4

Qu'un homme sans honneur ne te méritoit pas,

1. Var. De la main de ton père un coup irréparable Déshonoroit du mien la vieillesse honorable. (1637-561

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