DEUX LÉVITES, ETC
JOAD
En croirai-je mes yeux, Cher Abner ? Quel chemin a pu jusqu'en ces lieux Vous conduire au travers d'un camp qui nous assiège? On disoit que d'Achab la fille sacrilège A voit, pour assurer ses projets inhumains, 156a
Chargé d'indignes fers vos généreuses mains.
ABNER
Oui, Seigneur, elle a craint mon zèle et mon courage. Mais c'est le moindre prix que me gardoit sa rage. Dans l'horreur d'un cachot par son ordre enfermé, J'attendois que le Temple en cendres consumé, 1570
De tant de flots de sang non encore assouvie, Elle vînt m'al'franchir d'une importune vie, Et retrancher des jours qu'auroit dû mille fois Terminer la douleur de survivre à mes rois.
JOAD
Par quel miracle a-t-on obtenu votre grâce ? 1575
ABNER
Dieu dans ce cœur cruel sait seul ce qui se passe.
Elle m'a fait venir, et d'un air égaré :
c Tu vois de mes soldats tout ce temple entouré,
Dit-elle. Un feu vengeur va le réduire en cendre,
Et ton Dieu contre moi ne le sauroit défendre. 1580
Ses prêtres toutefois, mais il faut se hâter,
A deux conditions peuvent se racheter :
Qu'avec Êliacin on mette en ma puissance
Un trésor dont je sais qu'ils ont la connoissance,
Par votre roi David autrefois amassé, 1585
Sous le sceau du secret au grand prêtre laissé.
Va, dis-leur qu'à ce prix je leur permets de vivre. •
JOAD
Quel conseil, cher Abner, croyez-vous qu'on doit suivre?
ABNER
Et tout l'or de David, s'il est vrai qu'en effet
Vous gardiez de David quelque trésor secret, j 590
Et tout ce que des mains de cette reine avare
Vous avez pu sauver et de riche et de rare,